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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304701

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304701

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantANDERSON CHERFA AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 avril et 15 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Cherfa, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur le caractère sérieux des études poursuivies ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier de M. A et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- et les observations de Me Mokrane, substituant Me Cherfa, représentant M. A, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 12 mars 2001, est entré en France le 22 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour, valant titre de séjour, portant la mention " étudiant ", qui a été renouvelé pour la période du 14 septembre 2020 au 13 septembre 2021. Le 20 octobre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 décembre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Pour refuser de renouveler la carte de séjour temporaire délivrée à M. A en qualité d'étudiant, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur les motifs que son dossier faisait apparaître qu'il n'avait obtenu aucun résultat probant depuis plusieurs années, l'intéressé ayant triplé la classe préparatoire mathématique physique sans l'avoir validée et présentant, pour l'année 2022-2023, une inscription en première année de cycle d'ingénieur, et que cette réorientation et l'absence de progression de ses études ne permettaient pas de considérer qu'il les poursuit de façon sérieuse. Toutefois, M. A, qui est arrivé en France en septembre 2019 pour y suivre des études supérieures, justifie par les pièces qu'il produit avoir validé, au titre de l'année 2019-2020, une première année de classe préparatoire aux grandes écoles, mention " mathématiques, physique, sciences de l'ingénieur ". Au titre de l'année 2020-2021, l'intéressé a poursuivi ses études en deuxième année de classe préparatoire mention " mathématiques, physique ", à l'issue de laquelle il s'est présenté au concours commun des instituts nationaux polytechniques-e3a Polytech (CCINP-e3a Polytech). En dépit de la proposition d'école qui lui a été faite, dont la spécialité ne lui convenait pas, l'intéressé s'est de nouveau inscrit, au titre de l'année 2021-2022, en deuxième année de classe préparatoire mention " mathématiques, physique ". Après s'être de nouveau présenté au concours CCINP-e3a Polytech en 2022, l'intéressé a été admis à poursuivre ses études au sein de l'École nationale supérieure de l'électronique et de ses applications de Cergy-Pontoise pour l'année 2022-2023 au sein de laquelle il est inscrit. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Val-d'Oise, le requérant n'a pas triplé la classe préparatoire mathématique physique sans l'avoir validée mais justifie de la progression et de la cohérence des études poursuivis, alors même qu'il était inscrit pendant deux années consécutives en deuxième année de classe préparatoire mention " mathématiques, physique ". Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas du caractère sérieux de ses études, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour en date du 27 décembre 2022, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Au regard des conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, l'exécution du présent jugement implique seulement que sa situation soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de statuer à nouveau sur la demande du requérant dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 27 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du domicile actuel de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

S. AmazouzLe président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M.-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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