mercredi 6 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305017 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | SASITRA CONSULTING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 avril 2023, 25 avril 2023, 12 mai 2023, 19 septembre 2023 et 23 octobre 2023, Mme D E, représentée par Me Traore, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que, pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet du Val-d'Oise ne pouvait se borner à examiner son droit au séjour sur le fondement des stipulations de la convention franco-ivoirienne dont il ne pouvait ignorer qu'elle ne remplissait pas les conditions ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier de Mme B et conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 21 septembre 1992 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Amazouz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 12 décembre 1986, entrée en France le 2 octobre 2018 selon ses déclarations, a sollicité, le 2 décembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 14 mars 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté n°23-008 du 31 janvier 2023 du préfet de ce département, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ainsi que celles fixant le pays de renvoi, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas établi que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision portant refus de titre de séjour en litige, qui vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, mentionne que Mme B ne remplit pas les conditions prévues par la convention franco-ivoirienne dès lors qu'elle ne justifie pas de la production d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé. Après avoir relevé que la demande de l'intéressée a été examinée au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision énonce que si Mme B déclare séjourner en France depuis 2018, la durée de séjour ne peut être regardée comme suffisante pour justifier la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Elle précise que si l'intéressée déclare travailler depuis décembre 2018 et dispose d'une demande d'autorisation de travail, elle ne présente pas un nombre suffisant de bulletins de salaire et qu'au vu de l'ensemble de ces éléments, l'intéressée ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre sa régularisation. Enfin, la décision contestée mentionne que l'intéressée, célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans, et qu'eu égard à l'ensemble de sa situation privée et familiale, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale. Ainsi, la décision portant refus de séjour en litige, qui n'avait à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne visée ci-dessus : " Pour un séjour de plus de trois mois : / () - les ressortissants ivoiriens à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". Aux termes de l'article 5 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : / () 2° d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la légalisation de l'État d'accueil. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", sans préciser le fondement de sa demande. Alors même que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas ignoré qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues par les stipulations de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, c'est à bon droit qu'il a examiné son droit au séjour au regard des conditions prévues par ces stipulations. En outre, contrairement à ce que fait valoir la requérante, il ne ressort pas des mentions de l'arrêté contesté que le préfet du Val-d'Oise aurait limiter l'examen de son droit au séjour aux seules conditions prévues par cette convention. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont serait entachée, de ce chef, la décision attaquée, doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
8. Mme B, qui se prévaut de la durée de séjour en France depuis le mois d'octobre 2018, soutient qu'elle a déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, où elle vit avec un ressortissant français. Elle soutient également qu'elle justifie avoir exercé plusieurs activités professionnelles depuis 2018, qu'elle dispose d'une promesse d'embauche pour un poste d'agent d'entretien et qu'elle a conclu un contrat à durée indéterminée le 17 juillet 2023 pour un emploi d'assistante de vie. Toutefois, la circonstance que Mme B justifie d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2018 ne constitue pas, à elle-seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour. En outre, si la requérante produit des fiches de paye attestant qu'elle a travaillé entre les 18 décembre 2018 et 30 août 2019 en qualité d'assistant ménager à temps partiel, du 1er juillet 2019 au 31 juillet 2020 en qualité d'employée libre-service à temps partiel et du 1er septembre 2020 au 31 juillet 2021 en qualité d'agent d'entretien à temps partiel, ces éléments ne suffisent pas à attester d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français. La circonstance qu'elle justifie d'une promesse d'embauche et d'une demande d'autorisation de travail en date du 30 mars 2023 et le fait qu'elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 17 juillet 2023, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, sont sans incidence sur sa légalité qui s'apprécie à la date de son édiction. Par ailleurs, Mme B, qui ne fournit aucune précision sur les liens de toute nature qu'elle aurait noués sur le territoire français, n'établit pas la relation de concubinage avec un ressortissant français dont elle se prévaut en se bornant à produire une déclaration de vie commune et la pièce d'identité de ce dernier. Enfin, la requérante, qui est sans charge de famille, ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'elle poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine où résident ses parents et où elle-même a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Ainsi, en estimant que la situation de Mme B ne justifiait pas son admission exceptionnelle, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, les décisions attaquées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 14 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
M. Dupin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
S. AmazouzLe président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M.-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026