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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2305185

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305185

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLUJIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2305185 :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, M. C D, représenté par Me Lujien, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de huit jours à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Lujien en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de son parcours étudiant.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que l'arrêté du 6 octobre 2022 a été abrogé par une décision du 11 juillet 2023 et produit un nouvel arrêté en date du 20 juillet 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

II. Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2310702 :

Par une requête enregistrée le 8 août 2023, M. D, représenté par Me Lujien, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de huit jours à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Lujien en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de son parcours étudiant.

Le préfet du Val-d'Oise a produit, le 21 décembre 2023, les pièces constitutives du dossier et informé le Tribunal qu'il confirmait sa décision.

Par une décision du 4 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande de M. D.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique.

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les observations de Me Lujien, en présence de M. D.

M. D a produit une note en délibéré, enregistrée le 5 mars 2024, dans le dossier n° 2305185.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais, a demandé au préfet du Val-d'Oise la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 4 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 relative à la circulation et au séjour des personnes. Par arrêté du 6 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par une décision du 11 juillet 2023, le préfet a abrogé cet arrêté du 6 octobre 2022, et a pris un arrêté du 20 juillet 2023 ayant le même objet. M. D demande au Tribunal l'annulation de ces deux arrêtés des 6 octobre 2022 et 20 juillet 2023.

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2305185 et 2310702 concernent le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2305185 :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 6 octobre 2022 a été abrogé le 11 juillet 2023. Le préfet du Val-d'Oise, qui a adopté, le 20 juillet 2023, un arrêté ayant le même objet, sans qu'aucun des éléments du dispositif ou des motifs de la décision initiale n'ait été modifié, doit être regardé comme ayant retiré l'arrêté du 6 octobre 2022. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 6 octobre 2022 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 20 juillet 2023.

5. En revanche, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 6 octobre 2022.

Sur le surplus des conclusions de la requête n° 2305185 et sur la requête n° 2310702 :

6. L'arrêté attaqué en date du 20 juillet 2023 a été signé par Mme A B, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 23-242 du 11 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, aux fins de signer notamment les décisions de refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

7. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 7 de la convention franco-camerounaise précitée ni de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'en ressort pas davantage que le préfet du Val-d'Oise a étudié sa demande sur l'un ou l'autre de ces fondements. Dans ces conditions, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il est constant que M. D, célibataire et sans charge de famille, poursuivait des études supérieures en Ukraine et qu'il a été contraint de quitter ce pays en février 2022 en raison du conflit déclenché par la Russie. Une telle circonstance n'est toutefois pas de nature à lui donner un droit au séjour en France. Le requérant n'expose pas davantage d'éléments permettant d'apprécier concrètement les conditions de sa vie privée et familiale. S'il se prévaut de la présence de son frère, de son cousin de nationalité française et de sa tante, titulaire d'un titre de séjour, sur le territoire français qui l'héberge, il n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France. Dans ces conditions, compte tenu de son arrivée très récente sur le territoire français et dès lors qu'il n'établit ni même n'allègue qu'il serait dans l'impossibilité de poursuivre ses études au Cameroun, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet du Val-d'Oise a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. S'il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle d'un ressortissant étranger, l'opportunité d'une mesure de régularisation, cette dernière ne peut être prononcée qu'au regard des conditions dans lesquelles l'intéressé peut être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Par suite, M. D ne saurait utilement soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifestation d'appréciation de son parcours d'études en refusant de faire droit à sa demande.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 20 juillet 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais des instances :

14. M. D n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées. En tout état de cause, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D enregistrée sous le n° 2305185, dirigées contre l'arrêté du 6 octobre 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête no 2305185 et la requête n° 2310702 de D sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet du Val-d'Oise et à Me Lujien.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2305185, 231070

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