mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONCONDUIT ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023, M. C A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Val-d'Oise du 27 octobre 2022 lui refusant le regroupement familial au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent d'admettre son épouse au bénéfice du regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut examen de sa situation personnelle caractérisant une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à l'appréciation de ses conditions de ressources ;
- le préfet s'est cru en situation de compétence liée par le niveau de ses ressources et l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh ;
- et les observations de Me Sun Troya, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 23 novembre 1947, est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 29 avril 2025. Il a formulé une demande de regroupement familial auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) enregistrée le 24 juillet 2020, au bénéfice de sa femme Baya B, avec laquelle il est marié depuis le 19 août 1970. Par une décision du 27 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés ".
3. En l'espèce, à la suite de la notification de la décision attaquée le 2 novembre 2022, M. A a formé un recours gracieux reçu par le préfet du Val-d'Oise le 28 décembre 2022, soit dans le délai de deux mois du recours ouvert contre la décision du 22 octobre 2022 en litige. Conformément à la mention des voies et délais de recours figurant dans cette décision, une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant deux mois par le préfet du Val-d'Oise sur ce recours gracieux. M. A disposait, par conséquent, d'un nouveau de délai de deux mois à compter de l'intervention de cette décision implicite, soit le 28 février 2023, pour former un recours contentieux. Il en résulte que la requête de M. A, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy le 19 avril 2023, n'est pas tardive. La fin de non-recevoir opposée par le préfet du Val-d'Oise doit, dès lors, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. M. A, âgé de soixante-quinze ans à la date de la décision attaquée, vit sur le territoire français depuis 1972, en dernier lieu sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'au 29 avril 2025. Il ressort des pièces du dossier que quatre de ses enfants résident sur le territoire français, trois étant titulaires d'un certificat de résidence algérien tandis que l'un d'eux est de nationalité française. Il est établi que l'intéressé est retraité et perçoit des ressources mensuelles d'un montant total de 1 068 euros au titre de l'année 2022, constitué d'une pension de retraite et d'une retraite complémentaire. M. A perçoit également une pension d'invalidité, dont le préfet n'a pas tenu compte pour apprécier le caractère suffisant de ses revenus. Enfin, le requérant indique, sans être sérieusement contesté, que son état de santé ne lui permet pas de retourner en Algérie et que la présence de son épouse est indispensable à ses côtés pour l'assister dans les actes de la vie quotidienne et le suivi de son état de santé. Dans ces conditions, quand bien même trois des enfants du requérant résident en Algérie, la décision attaquée doit être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme ayant été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présentée au profit de son épouse.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le regroupement familial soit accordé à M. A au bénéfice de son épouse. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de reconnaître à Mme B, épouse de M. A, le bénéfice du regroupement familial, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : La décision du 27 octobre 2022 du préfet du Val-d'Oise par laquelle celui-ci a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de son épouse est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de reconnaître à Mme B, épouse de M. A, le bénéfice du regroupement familial dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026