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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2305382

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305382

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DUCLOS KUBISZYN WYSTUP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet du

Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Il soutient que :

- le préfet a entaché l'arrêté en litige d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est inséré à la société française dès lors qu'il justifie d'une activité professionnelle, apprend la langue française et que sa famille est attachée à la France ;

- il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en cours d'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Dupin, conseiller, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :

- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné,

- les observations de Me Wystup Guilbert, avocate désignée d'office, qui maintient ses conclusions et moyens et fait valoir en outre que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vie privée et familiale et qu'il a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que celles de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. C, assisté par M. A, interprète en langue turque ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant turc né le 20 mars 1987, M. B C, qui déclare être entré en France en 2018, a sollicité une demande d'asile, qui a fait l'objet d'un rejet, en date du

27 janvier 2021, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, décision confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 9 avril 2021. Par un arrêté du 3 avril 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes même de l'arrêté litigieux, que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. C. Si l'intéressé indique avoir déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 13 février 2023 auprès des services de la sous-préfecture de Sarcelles en cours d'instruction, il ne l'établit pas, faute de production d'un récépissé de demande de titre de séjour, le simple accusé de réception produit ne suffisant pas à cet égard à attester de la réalité de sa demande. En outre, le procès-verbal, produit par l'administration, en défense, fait ressortir que M. C, lors de son audition par les services de police le 3 avril 2023, a, alors qu'il était assisté par un interprète en langue turque, demandé le réexamen de sa demande d'asile, ce qui n'est par ailleurs pas corroboré par les autres pièces du dossier. Ainsi, le requérant n'apporte pas la preuve d'un défaut d'examen de sa situation particulière par le préfet révélant une erreur de droit. Dès lors, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. C, qui indique être entré en France en 2018, se prévaut de la présence en France de son épouse et de ses deux filles, dont l'une est née sur le territoire français ainsi que de son insertion professionnelle. Toutefois, d'une part, le requérant n'établit pas être présent en France depuis cette date. D'autre part, la cellule familiale peut se reconstituer dans son pays d'origine dès lors que son épouse séjourne également irrégulièrement sur le territoire national. En outre, M. C, qui ne maitrise pas la langue française, ne démontre pas, par les pièces versées à l'instance, être particulièrement inséré à la société française. Dans ces conditions, alors même qu'il déclare travailler depuis le mois d'octobre 2021, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. L'arrêté en litige n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer M. C de ses enfants mineurs. En outre, comme exposé au point 3, son épouse compatriote se maintient également irrégulièrement sur le territoire français et le requérant ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale hors de France, notamment en Turquie, pays dont ils ont la nationalité. En outre, eu égard à la durée de son séjour en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille ainée de M. C, ne pourrait poursuivre sa scolarité en Turquie où elle avait débuté. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. Le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité des risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 27 janvier 2021 confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 9 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du

Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Dupin La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305382

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