jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABANES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 21 avril 2023, la société Sepur, représentée par Me Lheritier, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la commune de Suresnes de communiquer, d'une part, les motifs du rejet de son offre présentée en vue de l'obtention du marché de nettoiement de la voirie et des espaces publics de la ville et, d'autre part, les appréciations portant sur les avantages et caractéristiques de l'offre retenue de la société Europe Services Voirie (ESV) contenues au sein du rapport d'analyse des offres (RAO) ;
2°) d'annuler la procédure de passation dudit marché ;
3°) d'ordonner la reprise de la procédure de passation du marché public dans des conditions conformes aux dispositions légales et réglementaires en vigueur ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Suresnes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'acheteur public a manqué à son obligation d'information du candidat évincé, telle que prévue par les dispositions des articles R. 2181-1 et suivants du code de la commande publique ;
- il existe un doute légitime pesant sur l'impartialité de la procédure générant une rupture d'égalité de traitement des candidats au sens des dispositions de l'article L. 2141-10 du même code, dès lors que la société Europe Service Propreté (ESP), qui appartient au même groupe que la société Europe Services Voirie, attributaire du marché litigieux, apparaît comme l'auteur de l'annexe portant sur les linéaires de voirie ;
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, la commune de Suresnes, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Sepur la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a pas manqué à son obligation d'apporter une information suffisante sur les motifs du rejet de l'offre de la société requérante, dès lors que par des courriers en date des
13, 17, 19 et 21 avril 2023 portant rejet de l'offre de la société Sepur, elle a précisé le nom de l'attributaire, les notes obtenues pour chaque critère par les deux sociétés, les notes globales de ces deux sociétés ainsi que le classement de la société requérante ; elle a répondu à la demande de précision en communiquant un extrait du RAO, a rappelé les critères pondérés de jugement dont il a été fait application, a transmis l'analyse de chaque critère et sous-critère de l'offre des deux sociétés ainsi que les notes qu'elles ont obtenues pour chaque critère et sous-critère ;
- aucun élément pertinent n'est apporté au soutien du moyen tiré d'une prétendue méconnaissance du principe d'impartialité ;
Par un mémoire en réplique, enregistré le 3 mai 2023, la société Sepur maintient l'ensemble de ses conclusions et fait valoir que :
- la communication du 21 avril 2023 demeure insuffisante pour lui permettre de comprendre les motifs de son éviction, dès lors que la quasi-intégralité du RAO est masquée, et que les éléments communiqués ne lui permettent pas de comprendre les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ;
- l'analyse du pouvoir adjudicateur est entachée d'une dénaturation manifeste qui lui a porté préjudice, dès lors que plusieurs éléments retenus ne correspondent pas à la réalité de son offre et que l'écart de notation avec l'attributaire du marché n'est pas justifié ; en outre, les données prises en compte pour l'appréciation portée sur le sous-critère technique n° 2 sont sans rapport avec ce sous-critère ;
- l'existence d'un doute légitime sur l'impartialité objective est caractérisée, dès lors que plusieurs indices démontrent que la société Atecsol, sous-traitant de la société Elcimaï pour la mission d'assistant à maîtrise d'ouvrage (AMO), entretient des liens d'affaires avec la société Europe Service Voirie, attributaire du marché.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 3 et 5 mai 2023, la société Europe Services Voirie conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Sepur la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la communication aux candidats des notes obtenues par l'entreprise concernée et l'attributaire pressenti sur chacun des critères de sélection suffit à répondre aux exigences de motivation prévues par les dispositions des articles R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique ;
- le pouvoir adjudicateur n'est pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation retenue ;
- le rapport d'analyse des offres étant un document préparatoire, il n'est pas communicable aux candidats ;
- la collectivité publique n'a pas altéré les termes de l'offre de la société requérante, qui, par ailleurs ne saurait utilement contester, dans le cadre de la présente procédure, l'appréciation portée sur son dossier ; en tout état de cause, à les supposer établies, les erreurs invoquées ne sont pas susceptibles de l'avoir lésée ;
- il n'existe pas d'éléments permettant de douter de l'impartialité de la procédure, dès lors que l'AMO ayant préparé le marché et analysé les offres et l'attributaire du marché n'entretiennent pas de liens d'affaires de nature à caractériser un manquement à l'obligation d'impartialité de l'acheteur public.
Par un nouveau mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, la commune de Suresnes persiste dans ses conclusions à fin de rejet, par les mêmes moyens, et porte à 9 000 euros sa demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, en outre, que :
- outre que l'offre de la société requérante n'a pas été dénaturée, les prétendus manquements invoqués ne l'ont pas effectivement lésée ;
- la requérante ne saurait utilement contester l'appréciation portée par la collectivité sur les offres des candidats ;
- il n'existe aucun lien d'affaires entre la société attributaire du marché et la société Atecsol, laquelle, du reste, n'est pas intervenue au moment de l'analyse des offres ; à cet égard, et de manière générale, le grief de partialité soulevé par la société requérante ne repose que sur des suppositions dénuées de tout fondement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 mai 2023 à 13 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Huon, juge des référés ;
- les observations de Me L'Hériter, pour la société Sepur, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, complétés par ceux consignés dans le mémoire écrit visé ci-après ;
- les observations de Me Giboire substituant Me Sabatier, pour la commune de Suresnes, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens, complétés par ceux consignés dans le mémoire écrit visé ci-après ;
- et les observations de Me Pezin, pour la société Europe Services Voirie, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens, complétés par ceux consignés dans le mémoire écrit visé ci-après ;
La clôture de l'instruction a été reportée au mardi 9 mai à 12 h.
Par un mémoire, enregistré le 5 mai 2023, la société Sepur maintient ses conclusions et moyens. Elle soutient, en outre, que :
- en masquant l'intégralité de l'analyse de l'offre de la Société ESV et corrélativement en ne protégeant aucune information sur son offre, la commune manifeste une attitude déloyale, tout en violant le secret des affaires ainsi que le principe d'égalité des armes, ce qui témoigne d'une inégalité de traitement des deux candidats ;
- l'acheteur ne saurait valablement soulever l'irrégularité de son offre du
soumissionnaire, dès lors qu'il ne l'a pas rejetée pour ce motif, pour nier le caractère opérant des manquements qu'il soulève à l'appui de sa requête ; en tout état de cause son offre était parfaitement régulière.
- l'offre de prix sur 6 ans proposée par la société SEPUR a été multipliée par 6 par la ville lors de l'analyse de son offre (en considérant donc à tort un montant sur 36 ans dans son analyse, au lieu de 6 ans)
- elle a été susceptible d'être lésée par les différents manquements invoqués en ce qu'en l'absence de tels manquements, elle n'était pas dénuée de toute chance d'emporter le marché ;
Par un mémoire en défense, enregistrée le 6 mai 2023, la commune de Suresnes maintient ses conclusions et moyens. Au surplus, elle précise, que :
- en multipliant par six (durée maximale du contrat), le prix proposé par la société Sepur pour la tranche optionnelle et réputé être un prix annuel, elle n'a pas dénaturé cet élément de l'offre ;
- en tout état de cause, même à supposer qu'il y aurait eu une erreur lors de l'analyse des offres, elle aurait été appliquée à tous les candidats et la société requérante n'aurait pas été susceptible d'être lésée puisque sa note aurait été identique.
Par un mémoire en défense, enregistrée le 7 mai 2023, la société Europe Services Voirie maintient ses conclusions et moyens. Elle souligne, en outre, que :
- les éléments de notation retenus au titre du critère prix et du montant de la tranche optionnelle de la société évincée sont exempts de dénaturation ;
- l'offre de la société Sepur étant irrégulière, en raison des contradictions affectant le poste " ramassage des dépôts sauvages ", la société ne peut, en tout état de cause, avoir été lésée, au stade de l'examen des offres, par les manquements qu'elle invoque, alors même que son offre a été classée à l'issue de la procédure de passation du marché et rejetée pour un autre motif.
Considérant ce qui suit :
1. Par avis d'appel public à la concurrence publié le 22 février 2023 au bulletin officiel des annonces de marchés publics pour une remise des offres le 22 mars 2023 à 14 heures, la commune de Suresnes (coordinateur du groupement) et l'Etablissement public territorial Paris Ouest La Défense (POLD) ont lancé un appel d'offres en vue de l'attribution d'un marché public de nettoiement de la voirie et des espaces publics sur le territoire de ladite commune. La société Sepur, attributaire sortant, a soumissionné à cet appel d'offres. Par un courrier électronique en date du 13 avril 2023, la commune de Suresnes a informé la société Sepur du rejet de son offre, classée en deuxième position. Par la présente requête, la société Sepur demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, outre d'ordonner la communication des motifs de rejet de son offre et les appréciations portant sur les avantages et caractéristiques de l'offre retenue de la société Europe Services Voirie (ESV), d'annuler la procédure de passation du marché litigieux et de la reprendre dans des conditions conformes aux dispositions légales et réglementaires en vigueur ;
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de son article L. 551-3 : " Le président du tribunal administratif ou son délégué statue en premier et dernier ressort en la forme des référés ".
3. En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente. Le juge saisi peut ordonner à l'auteur d'un manquement aux dispositions auxquelles ces dispositions se réfèrent, de se conformer à ses obligations, suspendre la passation du contrat ou l'exécution de toute décision qui s'y rapporte, annuler ces décisions et supprimer des clauses ou des prescriptions destinées à figurer dans le contrat. Toutefois, les pouvoirs conférés au juge des référés précontractuels par l'article L. 551-1 du code de justice administrative ne peuvent plus être exercés après la conclusion du contrat.
En ce qui concerne la communication des motifs du rejet de l'offre de la société Sepur
4. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2181-3 de ce code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Aux termes de l'article R. 2181-4 du même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : / 1° Lorsque les négociations ou le dialogue ne sont pas encore achevés, les informations relatives au déroulement et à l'avancement des négociations ou du dialogue ; / 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ".
5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.
6. D'une part, il résulte de l'instruction, que par un courrier en date du 13 avril 2023, la commune de Suresnes a informé la société Sepur du rejet de son offre, en lui indiquant le nom de l'attributaire, les notes attribuées aux deux sociétés pour chacun des critères ainsi que leur note globale. En réponse à des demandes de précisions de la société requérante, la commune a complété cette information en transmettant, le 21 avril 2023, un extrait du rapport d'analyse des offres (RAO) expurgé des informations couvertes par le secret des affaires, faisant ressortir les méthodes de notation au titre de chacun des critères, les appréciations littérales portés sur l'offre de la requérante et, compte tenu des éléments confidentiels, les principales caractéristiques de l'offre concurrente ainsi que son montant. Au travers de l'ensemble de ces pièces, la société Sepur a ainsi obtenu communication des informations de nature à lui permettre de connaître précisément les motifs de rejet de sa candidature et d'attribution et, ainsi, de contester utilement son éviction. Le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas été suffisamment informée des motifs du rejet de son offre ne peut, par suite, qu'être écarté.
7. D'autre part, la circonstance qu'il aurait été porté atteinte au secret des affaires par la communication, dans le cadre de l'instance de référé, d'éléments relatifs au dossier de candidature de la requérante et d'informations sur les mérites respectifs des offres est par
elle-même sans incidence sur la régularité de la procédure de passation en litige.
En ce qui concerne la dénaturation de l'offre de la société Sepur
8. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement ses termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
Sur le critère économique :
9. La société Sepur soutient, s'agissant du 1er sous-critère du critère économique, que, dès lors qu'elle a proposé un prix sur six ans de la tranche optionnelle, correspondant à la durée maximale du marché, c'est à tort que la commune de Suresnes, regardant ce prix comme annuel, l'a multiplié par six ce qui l'a conduit à analyser son offre sur un montant correspondant à trente-six ans. Toutefois, il ressort du cadre de décomposition du prix global et forfaitaire que ce dernier se divisait en deux onglets : l'un propre à la commune de Suresnes (une tranche ferme, décomposée en deux parties), l'autre propre à l'EPT POLD (une tranche ferme, elle aussi décomposée en deux parties, et une tranche optionnelle). Le document comportait notamment une colonne de durée (six ans) et une colonne de montant annuel, de sorte que le prix renseigné, tant au titre de la tranche optionnelle que des tranches fermes, ne pouvait s'analyser que comme un prix annuel. A supposer que la société Sepur, qui ne conteste pas avoir fourni des prix annuels pour les deux tranches fermes, ait, en ce qui concerne la seule tranche optionnelle, commis une erreur en renseignant la rubrique correspondante, elle ne saurait en faire grief au pouvoir adjudicateur, à qui il n'appartenait pas de corriger cette éventuelle erreur, du reste d'autant moins décelable que le prix proposé pour la tranche en cause était proche de celui du candidat retenu. Ainsi, en ayant, pour les besoins de son analyse, rapporté le prix réputé annuel, communiqué par la société, à la durée maximale du marché, soit six ans, la commune de Suresnes n'a pas dénaturé l'offre qui lui était soumise.
Sur le critère technique :
S'agissant du sous-critère n° 1 : " organisation de la prestation "
10. En premier lieu, en relevant, au titre du sous-critère n° 1 que " la phase de préparation est évoquée " (item n°1), qu'au lieu " de présenter la méthode de dimensionnement, la société choisit de détailler l'organisation de chaque prestation " (item n° 2), que le planning hebdomadaire des prestations est présenté sous forme de tableaux non accompagnés de commentaires (item n°3), la collectivité publique, aux termes de son rapport d'analyse des offres, s'est bornée à des observations sur la forme de l'offre qui, pour synthétiques qu'elles soient, ne traduisent aucune dénaturation de son contenu. Le pouvoir adjudicateur n'a pas davantage commis de dénaturation en relevant que la soumissionnaire ne précisait pas l'organisation des huit personnes chargées du démarrage des prestations (item n°1), le mémoire technique ne comportant à cet égard que des considérations générales. De même, et contrairement à ce qu'elle soutient, la société Sepur n'a pas effectivement présenté sa méthode de désherbage (item n° 2). En outre, la requérante ne saurait reprocher au RAO d'avoir relevé que le ramassage des dépôts sauvages n'était pas prévu le samedi dès lors que son offre était contradictoire sur ce point (item n° 2). En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction qu'eu égard aux autres points négatifs voire très négatifs afférents à l'item n° 2, la prise en compte d'un ramassage du lundi au samedi aurait conduit à rehausser l'appréciation de cet item et, par suite, la note technique globale de la société Sepur. Par ailleurs, en rapprochant les éléments du mémoire technique, d'une part, et du cadre de décomposition des prix, d'autre part, pour en conclure le chef de secteur n'était pas intégré dans les 2,7 agents d'encadrement ETP comptabilisés par la société Sepur, la commune de Suresnes ne s'est pas livrée à une lecture manifestement erronée de ces documents (item n° 4). De plus, si, aux travers de plusieurs paragraphes distincts, le mémoire technique aborde la question des pannes, des urgences et des absences, c'est sans en trahir les termes que le RAO a noté qu'il ne comportait pas, sauf en cas de grève, de plan de continuation d'activité comme demandé dans le règlement de la consultation (item 5). Enfin, si la société Sepur soutient que son offre fait ressortir que chaque véhicule de réserve aura les mêmes caractéristiques que le véhicule courant utilisé pour la prestation, il n'en demeure pas moins que, comme indiqué par le RAO, " les huit véhicules de réserves ne sont pas détaillés " (item n° 5).
11. En second lieu, et alors qu'il ressort de ce qui vient d'être dit que le pouvoir adjudicateur ne s'est pas mépris sur le contenu de l'offre de la société Sepur, cette dernière ne saurait utilement discuter la note qui lui a été attribuée pour le sous-critère n°1 en contestant les appréciations portées sur les différents items ayant concouru à la formation de cette note.
S'agissant du sous-critère n° 2 : " cohérence entre le prix global et forfaitaire et la cadre de décomposition technique "
12. En premier lieu, en relevant certaines incohérences ressortant de la décomposition du prix global et forfaitaire, le pouvoir adjudicateur n'a pas apprécié la valeur financière de l'offre, laquelle a fait l'objet d'un critère distinct, mais la crédibilité de celle-ci au plan financier. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en méconnaissance du règlement de la consultation, il aurait fait porter son appréciation sur des éléments étrangers au sous-critère en cause, manque en fait.
13. En second lieu, ainsi qu'il a été dit, au point 10, le constat, réitéré lors de l'examen du sous-critère n° 2, selon lequel le chef de secteur n'apparaît pas dans les frais d'encadrement ni dans les charges de main-d'œuvre n'est pas entaché de dénaturation.
14. Enfin, la société Sepur critique de manière inopérante l'appréciation portée sur ce sous-critère par la collectivité publique.
S'agissant du sous-critère n° 4 : " moyens mis en œuvre pour assurer un suivi transparent de l'exploitation "
15. La société Sepur fait grief à la commune de Suresnes d'avoir relevé, selon elle à tort, que son mémoire technique n'abordait pas la question " des rencontres formelles avec la Ville " et des " rapports annuels ". Toutefois, si elle soutient que son mémoire traite, à plusieurs reprises, des échanges avec la collectivité, elle ne conteste pas sérieusement qu'il ne comporte aucune information précise sur ces deux aspects particuliers. Dans ces conditions, et alors que le rapport d'analyse des offres a, par ailleurs, fidèlement résumé les développements de l'article 1.4.1.3 dudit mémoire intitulé " Comptes rendus et échanges avec la collectivité ", la requérante n'est pas fondée à se plaindre d'une dénaturation de son offre relativement au sous-critère n° 4.
Sur le critère environnemental :
16. C'est en vain que la société Sepur se plaint de ne pas avoir obtenu la note maximale pour le sous-critère n° 2 du critère environnemental en dépit d'appréciations littérales toutes positives portées sur son dossier et de la complétude de celui-ci, dès lors qu'une telle contestation, qui implique de juger des mérites respectifs des différentes offres, ne relève pas de l'office du juge du référé précontractuel.
En ce qui concerne l'atteinte au principe d'impartialité :
17. Le principe d'impartialité, principe général du droit, s'impose au pouvoir adjudicateur comme à toute autorité administrative. Sa méconnaissance est constitutive d'un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. Aux termes de l'article L. 2141-10 du code de la commande publique : " L'acheteur peut exclure de la procédure de passation du marché les personnes qui, par leur candidature, créent une situation de conflit d'intérêts, lorsqu'il ne peut y être remédié par d'autres moyens. / Constitue une telle situation toute situation dans laquelle une personne qui participe au déroulement de la procédure de passation du marché ou est susceptible d'en influencer l'issue a, directement ou indirectement, un intérêt financier, économique ou tout autre intérêt personnel qui pourrait compromettre son impartialité ou son indépendance dans le cadre de la procédure de passation du marché ".
18. La société Sepur soutient que plusieurs indices démontrent que la société Atecsol, dirigée par M. A, sous-traitant de la mission d'assistance à la maîtrise d'ouvrage (AMO) confiée à la société Elcimaï, entretient des liens d'affaires avec la société Europe Services Voirie, attributaire du marché, faisant ainsi naître un doute légitime sur l'impartialité de la procédure suivie par la commune de Suresnes.
19. Plus précisément, d'une part, la société Sepur relève que les propriétés informatiques du document constituant l'annexe 1d du dossier de consultation des entreprises (" fréquences et distances de balayage ") font apparaître l'acronyme " ESP ", qui, selon elle, correspond aux initiales de la société Europe Services Propreté, laquelle a pour objet le nettoyage de bâtiments et est membre du même groupe que la société Europe Services Voirie, attributaire du marché. Toutefois, il ressort de ces mêmes propriétés que le document en cause a été créé en 1999, soit 23 ans avant la consultation en litige, et a été modifié en dernier lieu le 20 février 2023 par un agent de la commune de Suresnes, de sorte qu'en supposant même que la société Europe Services Propreté en soit l'auteur initial, ce qui relève d'une simple conjecture, rien ne permet de laisser penser que la société ESV aurait, via sa société sœur et avec la complicité de l'assistant au maître de l'ouvrage, participé à l'élaboration de l'annexe en cause, étant relevé, de surcroît, que la société Sepur n'établit pas en quoi les éléments mentionnés dans cette annexe aurait été de nature à favoriser un candidat plutôt qu'un autre.
20. D'autre part, si la société Sepur fait état de relations d'affaires entre M. A, anciennement dirigeant de la société Synorganis, dissoute en 2016, et la société Europe Services Déchets (ESD), autre société sœur de la société ESV, il est constant que ces relations se sont limitées en une mission d'assistance pour la réponse à un marché de collecte de la commune de Savigny-sur-Orge, réalisée en 2007, soit 16 ans avant la présente procédure, et ce, pour la somme de 14 400 € HT qui n'a représenté que 5,5 % du chiffre d'affaires de la société Synorganis. Du reste, postérieurement à cette prestation, M. A, cette fois en tant que responsable de la société Atecsol, a réalisé une mission pour le compte de la société Sepur pour un montant d'honoraires très proche. Par ailleurs, en se bornant à indiquer que la société Elcimaï était l'assistant de la commune de Clichy-la-Garenne dans le cadre du renouvellement du marché de nettoiement de la ville, la requérante n'établit pas que M. A aurait participé à la procédure de passation de ce marché à l'issue de laquelle son offre a été rejetée au profit de celle d'ESV ni a fortiori en quoi une telle participation, même à la supposer établie, révèlerait un parti-pris susceptible d'avoir eu une influence sur la dévolution du marché en litige. Est tout aussi gratuite la simple évocation de ce que la société Atecsol était l'AMO du SICTOM de la région de Rambouillet lorsque celui-ci a attribué à la société ESD, au détriment de la requérante, son marché de collecte de déchets ménagers.
21. En définitive, la société Sepur procède par supputations mais n'apporte aucun élément pertinent de nature à laisser entrevoir que la société Atecsol ou M. A, son gérant, entretiendrait directement ou même indirectement avec la société attributaire du marché des liens d'affaires d'une intensité et d'une actualité telles qu'ils feraient naître un doute sur l'impartialité de la procédure suivie par le pouvoir adjudicateur. Dans ces conditions, alors que, par ailleurs, la requérante n'élève aucun grief particulier à l'encontre de la société Elcimaï, titulaire du contrat d'AMO, et même à supposer que son sous-traitant, la société Atecsol, ait participé non seulement à la rédaction du dossier de consultation des entreprises mais aussi à l'analyse des offres, il ne résulte pas de l'instruction que l'égalité entre les candidats aurait été rompue par un défaut d'impartialité imputable aux sociétés de conseil technique auxquelles la collectivité publique a eu recours.
22. Par suite, le moyen soulevé par la société requérante et tiré d'une méconnaissance du principe d'impartialité ne peut qu'être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Sepur sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
24. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;
25. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Suresnes, qi n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la société Sepur au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
26. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge de la société Sepur au profit de la commune de Suresnes et de la société Europe Services Voirie, une somme de 2 500 euros, chacune, au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Sepur est rejetée.
Article 2 : La société Sepur versera à la commune de Suresnes et la société Europes Service Voirie une somme de 2 500 euros, chacune, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présenté par la commune de Suresnes et la société Europe Services Voirie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Sepur, à la commune de Suresnes et à la société Europe Services Voirie.
Fait à Cergy-Pontoise, le 11 mai 2023
Le juge des référés,
signé
C. Huon
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2305495
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026