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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2305727

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305727

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 27 avril, et 30, et 31 mai 2023, M. B, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de

non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été adopté en violation du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne du droit de la défense et de la bonne administration ;

- il méconnaît l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris en l'absence d'examen complet de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale, dès lors que le

2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui est pas applicable ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il a entamé une demande de titre de séjour effective depuis mai 2022 ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le risque de fuite n'est pas caractérisé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 1er juin 2023 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les observations de Me Morel, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B ;

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 14 septembre 997, est entré sur le territoire français en décembre 2018. Par un arrêté du 25 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise au visa du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile en se fondant sur la circonstance que " M. A B a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile valable du 28 mars 2019 au 27 juillet 2019 qu'il n'en a pas demandé le renouvellement à son expiration et qu'il se maintient depuis en situation irrégulière sur le territoire français ".

4. M. B justifie s'être présenté à la préfecture des Hauts-de-Seine le 5 avril 2023 suite au rendez-vous obtenu le 21 décembre 2022, avoir déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Il justifie avoir transmis le document manquant à son dossier réclamé par les services préfectoraux, par courriel dont la préfecture a accusé réception le jour même, et par courrier le 12 avril 2023. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'audition du 25 avril 2023 que le requérant a déclaré " j'ai déposé une procédure le 5 avril 2023 pour avoir un titre de séjour ". Dans ces conditions, l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire, en mentionnant que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu sur le territoire français et en ne faisant ainsi nullement état des démarches en cours effectuées auprès de ses services qui sont en possession d'un dossier complet de demande d'admission exceptionnelle au séjour du requérant et alors au surplus qu'il fait explicitement état de cette circonstance lors de son audition du 25 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme ayant entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. B.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il est également fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination et de celle lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des etétrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. En application de ces dispositions, il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B, dans le délai de deux mois courant à compter de la présente décision, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros à verser à

M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 25 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de

M. B, dans le délai de deux mois courant à compter de la présente décision, et, dans l'attente, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023

Le magistrat désigné,

Signé

F. Beaufaÿs La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305727

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