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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306150

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306150

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUZIANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 mai 2023 et le 30 mai 2023, M. B, représenté par Me Bouziani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de sa situation

administrative dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre

des dispositions de l'article L.761-1 du code de Justice Administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est illégale car elle est fondée sur une décision elle-même entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- la décision est illégale car elle est fondée sur une décisions elle-même entachée d'illégalité ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 1er juin 2023, le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné. Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 22 mai 1987, est arrivé en France le 23 mars 2023 muni d'un passeport et d'un visa italien selon ses déclarations. Le 3 mai 2023 il a fait l'objet d'un contrôle d'identité par les agents de police judiciaire de Thionville. Par un arrêté du même jour, dont M. B, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. Il ressort des dispositions des chapitres III et IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme de l'article L. 732-8 de ce code, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions d'éloignement, d'interdiction de retour sur le territoire et d'assignation à résidence en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une telle mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. B fait valoir qu'il vit dans son pays d'origine et qu'il se rend régulièrement en France afin d'acheter du matériel d'imprimerie pour son entreprise localisée en Algérie, s'il fait état d'une relation avec une ressortissante française lors de ses déplacements en France, cette circonstance n'est pas suffisante pour établir un lien personnel et familial ancien, durable et stable avec la France. Dans ces conditions et eu égard au caractère très récent du séjour de l'intéressé en France, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée porté à sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas fondé et doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de la voie d'exception d'illégalité dirigé contre la décision de refus d'un délai de départ volontaire manque en fait et ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision privant l'intéressé de délai de départ volontaire, de même que pour l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa en visant les articles

L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet, qui n'a pas à faire état de tous les éléments de faits fondant sa décision, n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas fondé et doit également être écarté.

En ce qui concerne de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire n'étant pas illégale, le moyen tiré de la voie d'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an, manque en fait et ne peut qu'être écarté.

9. En second et dernier lieu, ainsi qu'il a été développé aux points 6 et 7, le préfet de la Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant en prenant à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Ce moyen doit donc être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Moselle du 3 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023

Le magistrat désigné,

Signé

F. Beaufaÿs La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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