Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306215

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 8 mai, 29 juin et 27 octobre 2023, Mme D C, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de la munir dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est méconnait les article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure ;

- et les observations de Me Sun Troya substituant Me Monconduit représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 29 mars 1953, est entrée en France en 2015 munie d'un visa de type C valable jusqu'au 3 février 2016. Le 19 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 24 mars 2023, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C réside en France depuis près de huit ans à la date de la décision attaquée. Elle est hébergée, depuis le 30 décembre 2015, chez sa fille A qui réside régulièrement sur le territoire français sous couvert d'une carte de résident de 10 ans valable jusqu'au 11 mai 2033. Ses six petits-enfants, dont trois mineurs, et son arrière-petit-fils B né en 2020 résident en France. Sa fille atteste que sa mère s'occupe régulièrement de ses petits-enfants Théresa et Kelvin nés en 2012 et 2014 en vue de l'aider dans le cadre de son activité de nuit. La directrice de l'école primaire des enfants atteste également que la requérante les accompagne et les récupère régulièrement à l'école. En outre, il ressort des certificats médicaux établis les 25 août 2022 et le 5 juillet 2021 que l'intéressée est suivie pour des lombalgies handicapantes nécessitant l'aide de sa fille dans la vie quotidienne. Par ailleurs, la requérante qui établit que ses parents, son mari et sa sœur sont décédés, serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante qui justifie avoir développé sur le territoire des liens suffisamment intenses, anciens et stables, est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Val-d'Oise a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de séjour du 24 mars 2023 du préfet du Val-d'Oise doit être annulée ainsi que par voie de conséquence les décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

5. Les motifs du présent jugement impliquent nécessairement, sous réserve d'un changement dans les conditions de droit ou de fait de la situation de la requérante, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 euros à Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 mars 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", et sous réserve d'un changement dans les conditions de droit ou de fait de la situation de l'intéressée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2306215