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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306217

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306217

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantTORDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2023 et le 10 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Tordo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivés ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté en contradiction avec les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les termes de la circulaire du 28 novembre 2012 et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et communique les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 8 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 20 août 2002, entrée régulièrement en France le 1er août 2019 munie d'un visa Schengen, a sollicité, le 2 juillet 2022, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un premier arrêté du préfet du Val-d'Oise du 14 octobre 2022 qui a été abrogé par un arrêté du 11 avril 2023. Par un deuxième arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite suffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que cette procédure ne s'applique pas aux décisions faisant suite à une demande, dont l'auteur a été alors en mesure de présenter toutes observations de son choix. Ainsi la décision de refus de titre statuant sur une demande de la requérante, et celle-ci étant par ailleurs, à l'occasion de cette demande, en mesure de présenter également toutes observations utiles dans la perspective d'une éventuelle obligation de quitter le territoire susceptible d'être prise dans le même arrêté que le refus de titre, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme B soutient être présente sur le territoire français depuis le 1er août 2019 où elle est hébergée par sa sœur et son beau-frère et poursuit ses études en France après y avoir obtenu son baccalauréat en 2022. Toutefois, la requérante, célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et l'essentiel de sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Elle ne justifie pas d'une intégration sociale particulière en France. Dans ces conditions, et alors même qu'elle aurait été présente sur le territoire français depuis plus de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

7. Mme B, qui est sans charge de famille et sans enfant, n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché la décision portant refus de titre de séjour d'une violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. En cinquième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, qui ne contient que des orientations générales.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de titre de séjour :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

10. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que Mme B était dépourvue de visa de long séjour. Cette circonstance n'est pas contestée par l'intéressée qui est entrée régulièrement en France munie d'un visa de court séjour. En outre, si la requérante soutient poursuivre des études supérieures au sein de l'université Paris-Saclay, elle ne le justifie pas. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doit être écarté.

11. En second lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

12. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire de demande de délivrance de titre de séjour renseignée par Mme B, que cette dernière, en indiquant " Première demande de titre de séjour (Etudiant) " comme unique motif de sa demande, doit être regardé comme ayant sollicité un titre de séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne justifie pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du même code. Elle ne peut, par suite et en tout état de cause, utilement soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de cet article.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Pour les motifs indiqués précédemment, la requérante ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par ailleurs, la mise en œuvre des dispositions de l'article L 435-3 du code précité ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Pour ces motifs, la requérante ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 435-3 à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Goupillier, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. GoupillierLa greffière,

signé

M.-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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