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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306254

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306254

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'examiner son dossier sur le fondement de l'admission exceptionnelle.

Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Poyet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2023 :

- le rapport de M. Poyet, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Parastatis, avocate désignée d'office, représentant

M. A, qui maintient ses conclusions et moyens et fait valoir, en outre, d'une part, que l'arrêté est insuffisamment motivé, est entaché d'un défaut d'examen particulier, méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour un an est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- M. A et le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais, né le 2 janvier 2001, qui est entré sur le territoire français le 2 juin 2022, a sollicité l'asile le 9 juin 2022. Par une décision, en date du

20 janvier 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, le 24 mars 2023. Par un arrêté du

24 avril 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

3. D'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 4° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. A, en énonçant notamment que l'intéressé a sollicité l'asile, le 9 juin 2022, et que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 20 janvier 2023, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 mars 2023. Le préfet précise également que la mesure d'éloignement prononcée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, qui, entré en France le 2 juin 2022, se déclare célibataire et sans enfant. En outre, le préfet souligne qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.

4. D'autre part, le préfet vise les articles L. 612-6, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que les attaches du requérant sur le territoire français ne sont pas intenses. Dès lors, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée. Ainsi, l'arrêté en litige répond aux exigences de motivation posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et alors même que l'arrêté du 24 avril 2023 se présenterait sous un format " stéréotypé ", le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui indique la situation personnelle du requérant, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté le 20 janvier 2023 la demande d'asile de M. A, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 mars 2023, dont il a eu nécessairement connaissance, dès lors qu'il ne conteste pas avoir présenté lui-même cette décision aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine, le 24 avril 2023. Par suite, l'intéressé ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, en application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait dépourvu de base légale doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A qui a vu sa demande d'asile rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, en date du 20 janvier 2023, et de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 24 mars 2023, n'établit pas qu'il serait soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants actuels en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés. Dès lors, le moyen doit être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L.612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. M. A, entré en France le 2 juin 2022, soit moins d'une année à la date de la décision en litige, est célibataire, sans enfant à charge, et ne justifie pas disposer d'attaches personnelles intenses en France. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'a commis aucune erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en portant cette interdiction à une durée d'un an. Le moyen doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Poyet Le greffier,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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