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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306269

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306269

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème Chambre
Avocat requérantRASPAIL AVOCATS

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours en annulation contre une suspension d'agrément d'une auto-école et demande d'indemnisation. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise (12ème Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette les conclusions en annulation, écartant les moyens soulevés (incompétence du signataire, insuffisance de motivation). L'examen des autres moyens (erreur de droit, erreur dans la qualification des faits) et de la demande indemnitaire se poursuit sur le fond. **Textes appliqués** : Code de la route (articles L. 213-1 et L. 213-3) et règlementation relative à l'exploitation des établissements d'enseignement de la conduite.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, M. B... A... et la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) AUTO ECOLE TEAM CONDUITE, représentés par Me Viot, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a suspendu pour une durée de trente et un jours à compter du 1er janvier 2023 l’agrément délivré par le préfet des Hauts-de-Seine par un arrêté préfectoral du 15 octobre 2020 pour l’exploitation d’un établissement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique ;

2°) de condamner l’Etat à verser à la SASU AUTO ECOLE TEAM CONDUITE la somme de 34 936 euros en réparation du préjudice économique et de l’atteinte à son image et à sa réputation et de dire et juger que cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2023, date de réclamation préalable en indemnisation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- l’acte attaqué est entaché d’une incompétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur de droit dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne précise pas le texte légal ou réglementaire qui édicterait une obligation particulière de sécurité ou de prudence dont la transgression serait caractéristique d’une faute d’une mise en danger délibérée de la vie d’autrui
- il est entaché d’une erreur dans la qualification juridique des faits en retenant que l’imprudence commise dans ses actes de gestion caractériserait le délit de mise en danger délibérée de la vie d’autrui ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation ;
- l’illégalité de l’arrêté attaqué est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat ;
- le préjudice économique s’élève à 29 936 euros, somme qui doit être augmentée des intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2023 ;
- un préjudice s’élève à 5 000 euros au titre de l’atteinte portée à l’image et à la réputation de l’entreprise ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... et la SASU AUTO ECOLE TEAM CONDUITE ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code pénal ;
- le code de la route ;
- l’arrêté du 8 janvier 2001 relatif à l’exploitation des établissements d’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. d’Argenson ;
- et les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A... est titulaire d’un agrément délivré par le préfet des Hauts-de-Seine, par un arrêté du 15 octobre 2020, l’autorisant à exploiter un établissement d’enseignement de la conduite des véhicules à moteur dénommé « AUTO ECOLE TEAM CONDUITE » dont il est le gérant depuis le 18 mai 2018. Par un arrêté du 4 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à la suspension de son agrément, pour une durée de trente et un jours, à compter du 1er janvier 2023. M. A... a formé un recours hiérarchique contre cet arrêté par un courrier du 29 décembre 2022, réceptionné le 30 décembre 2022. Une décision de rejet implicite est née du silence gardé par le ministre de l’intérieur et des outre-mer pendant deux mois. Par la présente requête, M. A... et la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) AUTO ECOLE TEAM CONDUITE demandent au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 octobre 2020, ensemble la décision implicite de rejet du recours hiérarchique, et de condamner l’Etat au paiement d’une somme de 34 936 euros au titre de la réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, lequel bénéficiait d’une délégation de signature du préfet, consentie par un arrêté n°2022-041 du 2 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétente du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En troisième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 213-1 du code de la route : « L'enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur d'une catégorie donnée et de la sécurité routière ainsi que l'animation des stages de sensibilisation à la sécurité routière mentionnés à l'article L. 223-6 ne peuvent être organisés que dans le cadre d'un établissement dont l'exploitation est subordonnée à un agrément délivré par l'autorité administrative. (…) ». Aux termes de l’article L. 213-3 dudit code : « Nul ne peut exploiter, à titre individuel, ou être dirigeant ou gérant de droit ou de fait d’un des établissements mentionnés à l’article L. 213-1, s’il ne satisfait aux conditions suivantes : 1° Ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation : a) Soit à une peine criminelle ; b) Soit à une peine correctionnelle prononcée pour une infraction figurant sur une liste fixée par décret en Conseil d’Etat ; c) Soit à une peine prévue par les articles 186 et 192 de la loi n° 85-98 du 25 janvier 1985 relative au redressement et à la liquidation judiciaires des entreprises, pendant la durée de cette peine. / 2° Justifier de la capacité à la gestion d’un établissement d’enseignement de la conduite ; / 3° Remplir les conditions d’âge, d’ancienneté du permis de conduire, d’expérience professionnelle et de réactualisation des connaissances fixées par décret en Conseil d’Etat. ». Aux termes de l’article L. 213-5 du code de la route : « (…) / En cas d'urgence justifiée par des faits passibles d'une des condamnations visées à l'article L. 213-3, l'autorité administrative, après avoir mis l'intéressé en mesure de présenter ses observations, peut suspendre, pour une durée maximale de six mois, l'agrément délivré en application de l'article L. 213-1. (…) / La mesure de suspension provisoire cesse de plein droit dès que l'autorité judiciaire s'est prononcée. (…) ». Aux termes de l’article 13 de l’arrêté du 8 janvier 2001 relatif à l’exploitation des établissements d’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière : « Le préfet peut suspendre, pour une durée maximale de six mois, l'agrément d'exploiter un établissement : / 1° En cas d'urgence justifiée par des faits passibles d'une des condamnations mentionnées aux articles L. 213-3 et R. 212-4 du code de la route. La mesure de suspension cesse de plein droit dès lors que l'autorité judiciaire s'est prononcée avant l'expiration du délai de six mois ; (…) ». Aux termes de l’article R. 212-4 du code de la route en vigueur à la date de la décision attaquée : « Les autorisations mentionnées à l'article R. 212-2 ne peuvent être délivrées aux personnes qui ont fait l'objet d'une condamnation prononcée par une juridiction française ou par une juridiction étrangère, à une peine criminelle, ou à une peine correctionnelle pour l'une des infractions suivantes : / I. - Délits d'atteinte à la personne humaine prévus par le code pénal : / (…) / - mise en danger de la vie d'autrui (art. 223-1) ; (…) ». Aux termes de l’article 223-1 du code pénal : « Le fait d'exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. »

5. D’autre part, aux termes de l’article R. 213-2 du code de la route : « I.- Pour les exploitants des établissements d'enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur d'une catégorie donnée et de la sécurité routière et pour les exploitants des établissements de formation des candidats à l'un des titres ou diplômes exigés pour l'exercice de la profession d'enseignant de la conduite, l'agrément prévu à l'article L. 213-1 est délivré aux personnes remplissant les conditions suivantes : (…) / 6° Justifier de la qualification des personnels enseignants : / -pour les établissements d'enseignement de la conduite, les enseignants doivent être titulaires de l'autorisation d'enseigner mentionnée à l'article L. 212-1 pour assurer les prestations d'enseignement théorique et pratique ; (…) ». Aux termes de l’article L. 212-1 du même code : « I.- L'enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur d'une catégorie donnée et de la sécurité routière ainsi que l'animation de stages de sensibilisation à la sécurité routière mentionnés à l'article L. 223-6 sont subordonnés à la délivrance d'une autorisation administrative. (…) ». Aux termes de l’article R. 212-2 du code de la route : « I. - L'autorisation d'enseigner la conduite et la sécurité routière est délivrée aux personnes remplissant les conditions suivantes : / 3° Etre titulaire du permis de conduire de la catégorie B dont le délai probatoire fixé à l'article L. 223-1 est expiré ; (…) ». Enfin, aux termes de l’article R. 221-1-1 du code de la route : « I.-Nul ne peut conduire un véhicule ou un ensemble de véhicules, pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé par le présent code, s'il n'est titulaire de la catégorie correspondante du permis de conduire en état de validité et s'il ne respecte les restrictions d'usage mentionnées sur ce titre. (…) ».

6. Il ressort des pièces du dossier, et il n’est pas contesté, que le 26 juillet 2022, un véhicule appartenant à la SAS AUTO ECOLE TEAM CONDUITE, géré par M. A..., a été contrôlé avec, à son bord, un élève d’auto-école accompagné par un moniteur, dont il est établi qu’il était dépourvu d’un permis de conduire ainsi que d’une autorisation d’enseigner la conduite des véhicules à moteur et la sécurité routière. Or, en vertu des dispositions de l’article R. 213-2, visé dans la décision attaquée, M. A... avait l’obligation, en qualité d’exploitant d’un établissement d’enseignement de la conduite de véhicule à moteur, de justifier de la qualification du personnel enseignant et notamment de ce que celui-ci soit titulaire d’une autorisation d’enseigner. Ainsi, en ne procédant pas à un tel examen, M. A... a délibérément fait preuve de négligence et manqué à ses obligations particulières de prudence et de sécurité. En tout état de cause, par un courrier du 26 octobre 2022, l’intéressé a reconnu avoir manqué à ses obligations en ne s’assurant pas que le moniteur qu’il a embauché disposait des documents administratifs et autorisations nécessaires à l’exercice de sa profession. Il s’ensuit que le manquement commis par M. A... est passible d’une condamnation mentionnée à l’article 223-1 du code pénal et, a fortiori, à l’article R. 212-4. C’est donc à bon droit que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à la suspension de l’exploitation de l’établissement de M. A..., pour une durée de trente et un jours, sur le fondement de l’article 13 de l’arrêté du 8 janvier 2001 relatif à l’exploitation des établissements d’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit, de l’erreur de qualification juridique des faits et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... et la SASU AUTO ECOLE TEAM CONDUITE ne sont pas fondés à demander l’annulation de l’arrêté du 04 novembre 2022 par lequel le Préfet des Hauts-de-Seine a suspendu pour une durée de trente et un jours à compter du 1er janvier 2023 l’agrément délivré par le préfet des Hauts-de-Seine par un arrêté préfectoral du 15 octobre 2020 pour l’exploitation d’un établissement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière, ensemble la décision implicite de rejet du recours hiérarchique.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. L’arrêté attaqué n’étant pas illégal, les conclusions indemnitaires de M. A... et de la SASU AUTO ECOLE TEAM CONDUITE ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais d’instance :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de l’Etat qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... et de la SASU AUTO ECOLE TEAM CONDUITE est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la SASU AUTO ECOLE TEAM CONDUITE et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. d’Argenson, président,
Mme Sénécal, première conseillère,
Mme Koundio, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.


Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d’ArgensonL’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,
signé

I. Sénécal
Le greffier,

signé

V. Guillaume


La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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