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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306277

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306277

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MARTIN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, M. A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le maire de Puteaux a accordé le permis de construire enregistré sous le numéro PC 092 062 21 D 0069 sollicité par la SAS République en vue de construire un immeuble de dix-huit logements collectifs et deux maisons individuelles sur un terrain sis 21-25 rue Marius Jacotot à Puteaux, ensemble la décision du 3 mars 2023 par laquelle le maire de Puteaux a rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Puteaux la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que les autorités et services intéressés par le projet litigieux ont été consultées par le service instructeur de la commune de Puteaux ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors que :

* il ne comporte pas le tableau indiquant le nombre de logements familiaux et la part de ces logements correspondant à des logements locatifs sociaux définis à l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation hors logement financés avec un prêt locatif social, en méconnaissance de l'article R. 431-16-3 du code de l'urbanisme ;

* la notice architecturale visée à l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme n'apporte aucune précision relative à la végétation et aux éléments paysagers existants aux abords du projet et les précisions qu'elle contient sur le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain sont insuffisantes, le lieu d'implantation des clôtures périphériques n'étant pas renseigné de sorte que les services instructeurs n'ont pas été en mesure d'apprécier les caractéristiques du projet en limite de terrain ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article UZ3 8.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Puteaux ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article UZ3 12.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Puteaux, la notice descriptive annexée au dossier de demande de permis de construire précisant que le projet prévoit la création de seize places de stationnement ainsi que l'achat de quatre places supplémentaires sans toutefois justifier de cette acquisition.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, la société par action simplifiée République, représentée par Me Raoul, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de

5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que M. A ne justifie ni l'avoir introduite dans le délai de recours contentieux de deux mois francs suivant la réception de la décision du 3 mars 2023 rejetant son recours gracieux ni d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté du 5 octobre 2022 au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, la commune de Puteaux conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que M. A ne justifie ni d'une qualité pour agir au sens de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, ni d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté du 5 octobre 2022 au sens de l'article L. 600-1-2 du même code ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Le mémoire complémentaire, enregistré le 4 mars 2024, présenté par M A postérieurement à la clôture à effet immédiat fixée, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, au 26 décembre 2023, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, rapporteure,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- les observations de M. A ;

- et les observations de Me Hy, substituant Me Raoul et représentant la SAS République.

La commune de Puteaux n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 décembre 2021, la société par action simplifiée République a déposé une demande de permis de construire enregistrée sous le numéro PC 092 062 21 D 0069, complétée les 21 avril 2022 et 5 juillet 2022 en vue de construire un immeuble de dix-huit logements collectifs et deux maisons individuelles sur un terrain sis 21-25 rue Marius Jacotot à Puteaux. Par un arrêté du 5 octobre 2022, le maire de Puteaux a accordé ce permis de construire. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2022 et de la décision du 3 mars 2023 par laquelle le maire de Puteaux a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Puteaux et la société pétitionnaire :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / (). ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.

4. Le requérant est propriétaire d'un appartement situé au 34 rue Rousselle à Puteaux et soutient que le projet est de nature à provoquer une perte d'ensoleillement et une modification des vues dont il bénéficie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cet appartement est distant de plus de 220 mètres du terrain d'assiette du projet et qu'il en est séparé par plusieurs immeubles d'habitation contigus comportant 6 à 7 étages et formant un tissu urbain dense et compact entre son bien et le projet, lequel ne se distingue des immeubles voisins existants ni par la hauteur, ni par le gabarit, ni par les caractéristiques visibles des constructions projetées. M. A ne peut donc se prévaloir de la qualité de voisin immédiat. En outre, le projet n'est pas de nature à porter atteinte à l'ensoleillement ou à la qualité des vues dont il bénéficie, son appartement ne comportant pas de fenêtres orientées vers la zone d'implantation du projet litigieux. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que le projet est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Par suite, M. A ne justifie pas d'un intérêt à agir pour demander l'annulation des décisions attaquées. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Puteaux et la SAS République, que la requête de M. A est irrecevable et doit dès lors être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Puteaux qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée à ce titre par M. A. Par suite, ses conclusions en ce sens doivent être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de

M. A la somme de 1 500 euros à verser à la SAS République en application de ces dispositions, au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés. La commune de Puteaux ne justifiant pas avoir exposé de frais non compris dans les dépens, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :M. A versera à la SAS République la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions présentées par la commune de Puteaux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SAS République ainsi qu'à la commune de Puteaux.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23062772

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