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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306343

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306343

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. A B, représenté par Me Hug, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 29 mars 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le versement de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me Hug, qui sera autorisé à en percevoir directement le recouvrement.

M. B soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas manqué à ses obligations de présentation aux autorités ;

- est entachée d'illégalité, dès lors qu'il était titulaire, à la date de la décision attaquée, d'une attestation de demande d'asile portant la mention " Procédure accélérée " ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à sa dignité humaine ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil fondé uniquement sur la non présentation aux autorités pendant la procédure Dublin est contraire aux objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.

Par une décision en date du 24 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, demandeur d'asile de nationalité soudanaise, conteste la décision, en date du 29 mars 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande, présentée le 27 février 2023, tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est tenu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de procéder, dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 du même code, à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile qu'à l'occasion de l'enregistrement de la première demande d'asile de celui-ci. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration expose que M. B a bénéficié, le 1er mars 2021, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, en l'occurrence l'arabe, durant lequel sa situation a été évaluée. L'Office, qui verse au dossier l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil en date du 1er mars 2021 revêtue de la signature du requérant et sur laquelle la case " Je certifie avoir été évalué par l'OFII dans une langue que je comprends avec le concours d'un interprète professionnel " a été cochée, soutient, sans être contredit, que cette évaluation n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité et que sur une échelle de 0 à 3, la vulnérabilité M. B a été fixée à 1. En outre, le 27 février 2023, le requérant a bénéficié d'un nouvel examen de vulnérabilité, en présence d'un interprète en langue arabe. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à cette occasion que le requérant a certes déclaré qu'il n'était pas hébergé mais n'a fait état d'aucun handicap ou problème de santé, n'a produit aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Enfin, M. B, qui est né le 1er janvier 1994, n'a joint à sa requête aucun document médical. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé, avant d'édicter la décision contestée, à l'évaluation de la vulnérabilité du requérant ne peut qu'être écarté.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté en date du 1er avril 2021, notifié le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné le transfert de M. B aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que le requérant s'est abstenu de se présenter aux convocations de la préfecture des 15 et 29 juin 2021 et qu'il devait réaliser un test PCR Covid-19 obligatoire la veille du second rendez-vous, le 28 juin 2021, la Belgique exigeant un tel test dans le cadre de son éloignement. L'Office verse au dossier un document du bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine en date du 28 juin 2021 revêtu de la signature de M. B qui lui rappelle qu'il a été informé le 4 avril 2021 que la Belgique " requiert obligatoirement un test Covid " avant son transfert et lui demande de bien vouloir se présenter à un laboratoire situé à Nanterre le même jour - 28 juin 2021 - à 14 heures. Le document indique également au requérant que le résultat du test lui sera présenté lors de son prochain rendez-vous en préfecture le 29 juin 2021, qu'en cas de test positif il ne sera pas procédé au transfert et souligne qu'en cas de refus de se soumettre au test PCR, il sera regardé comme étant en fuite et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile pourra être suspendu. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B se serait présenté à la convocation du 29 juin ni même qu'il se serait soumis au test PCR Covid-19. Il suit de là que le requérant doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil. Ce manquement pouvait justifier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 2, une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil et une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

8. Si les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et acceptées initialement par le demandeur d'asile peuvent être modifiées, en fonction notamment de la situation de celui-ci ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'obligation de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil acceptées initialement. La circonstance que la demande d'asile de M. B a été enregistrée en " procédure accélérée " le 27 février 2023 n'imposait donc pas à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de maintenir ou de rétablir à l'intéressé les conditions matérielles d'accueil qu'il avait acceptées le 1er mars 2021.

9. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou / c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. / 3. Les États membres peuvent limiter ou retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur a dissimulé ses ressources financières et a donc indûment bénéficié de conditions matérielles d'accueil () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. / 6. Les États membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5. ".

10. La circonstance qu'un demandeur d'asile puisse se voir opposer une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans les hypothèses visées au 3°) de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas incompatible avec les dispositions précitées de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, qui permettent bien l'édiction d'une telle mesure, sous diverses réserves, notamment celles énoncées au paragraphe 5. de cet article. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles la décision attaquée a été prise, méconnaissent les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, compte tenu notamment de ce qui a été indiqué au point 6, se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation de la décision contestée pour erreur d'appréciation ou au motif qu'elle porterait atteinte à la dignité de l'intéressé.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

14. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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