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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306402

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306402

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUYSSOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 9 mai 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis la requête de M. C D, enregistrée au greffe de ce tribunal le 13 avril 2023, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête, M. C D, représenté par Me Bouyssou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Yvelines ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision lui ayant fait obligation de quitter le territoire français et la décision ayant fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision lui ayant refusé un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, lui ayant fait obligation de quitter le territoire français et ayant fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

- elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, lui ayant fait obligation de quitter le territoire français, ayant fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui ayant refusé un délai de départ volontaire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet des Yvelines produit toutes pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 :

- Le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- Les observations de Me Bouyssou, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, fait valoir en outre que M. C D établit avoir une vie commune avec son épouse de nationalité française, avec qui il s'est marié récemment ; qu'il justifie avoir un projet de vie familiale ; qu'il a effectué une demande de titre devant la préfecture des Hauts-de-Seine en juillet 2022 ; et que l'auteur de l'infraction pour laquelle il a été interpellé n'est pas identifiable ;

- Le préfet des Yvelines, n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C D, ressortissant brésilien né le 6 avril 1990 à Paulista, a fait l'objet d'une mesure de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français du préfet de Police de Paris en date du 27 février 2020, notifiée par voie postale le 3 mars 2020. Il s'est par la suite maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 12 mai 2023, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. C D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C D justifie être présent habituellement et de manière continue sur le territoire français depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Il justifie d'un contrat de location à usage d'habitation signé en son nom depuis le 1er novembre 2020 et produit un certain nombre de quittances de loyer pour les années 2020, 2021, 2022 et 2023, ainsi que des attestations d'assurance habitation pour les périodes recouvrant les années 2021 et 2022. Si l'acte de mariage entre ce dernier et son épouse intervient postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, le requérant produit le " procès-verbal d'audition des futurs époux " réalisé par le service de l'Etat Civil de la commune d'Amblainville en date du 19 janvier 2023 ainsi qu'une attestation de vie commune avec son épouse de nationalité française, présente à l'audience publique, en date du 7 juin 2023. Enfin, il justifie d'une insertion professionnelle régulière exercée sous couvert d'autorisations provisoires de séjour durant trois ans. Ainsi, il produit un arrêté de nomination du recteur de l'académie de Versailles en tant qu'assistant en langue étrangère portugaise en date du 22 mai 2017, pour une période allant du 1er octobre 2017 au 30 avril 2018, deux documents portant demande d'affectation pour l'année 2017/2018 en date du 28 février et du 6 mars 2017, un procès-verbal d'installation dans ses fonctions en tant qu'assistant étranger en langue portugaise en date du 1er octobre 2017, et les bulletins de salaires s'y afférant. Il produit par ailleurs un contrat de travail à temps partiel à durée indéterminée pour la société GP FINANCES en tant que réceptionniste jour et nuit depuis le 1er octobre 2018, puis un contrat de travail à temps plein à durée indéterminée pour la même société depuis le 1er octobre 2020, ainsi que tous les bulletins de salaires correspondant depuis le mois d'octobre 2018 jusqu'au mois d'avril 2023. Par suite, et alors même que l'intéressé ne saurait être isolé en cas de retour dans son pays d'origine dès lors que ses parents et deux de ses frères y résident, le préfet des Yvelines a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cette décision doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, celles par lesquelles le préfet des Yvelines a fixé le pays de destination, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, prises sur son fondement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. M. C D ne peut exciper de ses conclusions tendant à ce que le préfet des Yvelines lui délivre un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dès lors que l'arrêté attaqué du 12 mai 2023 ne comporte pas de décision de refus de titre de séjour, et que le précédent arrêté en date du 27 février 2020 portant refus de titre de séjour est devenu définitif.

5. Eu égard au motif sur lequel il se fonde, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Yvelines, ou le préfet territorialement compétent, réexamine la situation administrative de M. C D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour. L'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder sans délai à cet effacement dès la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet des Yvelines a obligé M. C D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivrer, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. C D la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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