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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306468

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306468

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2023, M. C, représenté par Me Damy, avocate désignée d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que la demande de renouvellement de son titre de séjour, expiré depuis le 31 décembre 2021, est toujours en cours d'instruction ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, notamment, qu'il souhaite terminer ses études d'informatiques en France et pourrait aisément trouver un emploi avec son diplôme actuel s'il était en situation régulière ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Robert, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2023 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Damy, avocate désignée d'office, qui conclut aux mêmes fins et soutient en outre que l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire pendant 12 mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les observations de M. C ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1993, est entré sur le territoire français en 20 octobre 2016. Par un arrêté du 11 mai 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté :

2. L'arrêté litigieux a été signé par M. A E, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement qui avait reçu par un arrêté n°2023-039 du 5 mai 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine le 9 mai 2023, une délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français Il n'est pas établi que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ ()/ 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

4. Le préfet des Hauts-de-Seine a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le requérant ne justifiait pas avoir demandé le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction de demande de renouvellement de titre de séjour ayant expiré le 25 décembre 2022 et qu'il se maintient depuis en situation irrégulière.

5. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

6. M. C soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que la demande de renouvellement de son titre de séjour, lequel est expiré depuis le 31 décembre 2021, est toujours en cours d'instruction. A l'appui de ses allégations, le requérant produit un courriel du 16 février 2023 de la direction générale des étrangers en France indiquant que sa demande de titre de séjour est en cours d'instruction. Toutefois, l'instruction des demandes de titres de séjour relève du préfet territorialement compétent et non de cette direction d'administration centrale. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été titulaire d'une attestation de prolongation d'une demande de renouvellement de titre de séjour valant autorisation de séjour en France pour la période du 26 septembre 2022 au 25 décembre 2022, dont il n'a pas demandé le renouvellement à son expiration. Ainsi, une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née le 25 avril 2023 et il était alors loisible au préfet des Hauts-de-Seine de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C fait valoir qu'il est en France depuis 2016 et soutient que le centre de ses attaches familiales est en France, dès lors qu'il est marié depuis le 9 juin 2022 avec une ressortissante américaine et qu'un enfant issu de cette union est née en France le 23 février 2023. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse dispose d'un droit au séjour en France et le requérant a d'ailleurs indiqué à l'audience que son épouse ne vit que partiellement sur le territoire français, sa nationalité lui permettant de séjourner au sein de l'espace Schengen 90 jours maximum sur une période de 180 jours. En outre, l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance sérieuse de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise à l'étranger, notamment aux Etats-Unis d'Amérique où résident actuellement son épouse et leur fille. Par ailleurs, il ne démontre aucune insertion professionnelle et sociale particulièrement forte en France. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté en litige n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En troisième lieu, si M. C fait valoir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, notamment, qu'il souhaite terminer ses études d'informatiques en France et pourrait aisément trouver un emploi avec son diplôme actuel s'il était en situation régulière, il ne produit aucun début de preuve à l'appui de ses allégations.

10. En dernier lieu, aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si M. C soutient être en danger en cas de retour en Guinée, son pays d'origine, il n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, opérant à l'encontre seulement de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de M. C sur le territoire national représente une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant réside en France depuis le 20 octobre 2016 et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait. Par suite, en édictant une interdiction de quitter le territoire français d'une durée de 12 mois, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur d'appréciation. Par suite, l'interdiction de quitter le territoire français pour une durée de

12 mois doit être annulée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il lui interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'une année.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 mai 2023 est annulé en tant que le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F C et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023

Le magistrat désigné,

Signé

D. Robert La greffière,

Signé

S. Herve-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306468

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