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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306482

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306482

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCHWARZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, Mme D C A épouse B demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour et d'instruire sa demande dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est urgente dès lors qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour depuis le 27 novembre 2022, son titre expirant le 3 mars 2023, et que depuis cette date elle est situation irrégulière et exposée à un risque d'éloignement ; que cette situation lui porte préjudice puisqu'elle risque de perdre son emploi et qu'elle doit se rendre cet été au Mexique pour visiter sa famille ;

- sa demande est utile dès lors que la préfecture s'est méprise sur sa demande, qu'elle doit pouvoir justifier de la régularité de son séjour et qu'elle risque de perdre son emploi ;

- sa demande ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A épouse B, ressortissante mexicaine née le 4 juin 1998, a épousé en France, le 7 septembre 2019, un ressortissant français. Elle a été depuis cette date, en qualité de conjointe de français, admise à séjourner sur le territoire national, en dernier lieu par un titre de séjour pluriannuel valable du 4 mars 2021 au 3 mars 2023. Le 27 novembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour tout en indiquant que si elle habitait jusqu'alors dans le département du Val-de-Marne, elle avait emménagé dans le Val-d'Oise depuis le mois d'octobre 2022. Elle a été convoquée par les services de la préfecture pour se voir remettre son titre de séjour le 17 février 2023. A cet occasion un nouveau titre de séjour lui a été remis mais sur lequel seule son adresse avait été modifiée, sa date de délivrance et d'expiration demeurant inchangées. Par la présente requête, Mme C A épouse B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour et d'instruire sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que, dans sa demande du 27 novembre 2022, la requérante sollicitait le renouvellement de son titre de séjour indiquant, en outre, sa nouvelle adresse. Il n'est pas contesté par le préfet du Val-d'Oise que cette demande de renouvellement de son titre de séjour a été formée dans les délais requis et que son dossier était complet. La délivrance d'un récépissé, qui est en principe conditionnée au caractère complet du dossier de demande, ne se heurte donc, dans les circonstances particulières de l'espèce, à aucune contestation sérieuse, d'autant que depuis sa demande le préfet a délivré à l'intéressée un nouveau titre de séjour, le

17 février 2023, tenant compte uniquement de sa nouvelle adresse. Toutefois, depuis le 3 mars 2023, le titre de séjour dont la requérante était titulaire a expiré alors qu'elle en avait sollicité le renouvellement le 27 novembre 2022 et que depuis cette date, et avec encore plus d'insistance depuis le 17 février 2023, s'étant rendue compte de la méprise de la préfecture sur la nature de sa demande, elle a attiré l'attention de la préfecture sur la précarité de sa situation seule, puis par l'intermédiaire de son conseil. Il résulte également de l'instruction qu'elle se trouve de ce fait en situation irrégulière, démunie de tout document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour, empêchée de visiter ses parents au Mexique, et sous la menace de perdre son emploi, alors qu'elle établit par ailleurs qu'à raison des dysfonctionnements répétés de la plateforme de démarches simplifiées, elle n'est pas en mesure de solliciter à nouveau le renouvellement de son titre de séjour, une nouvelle demande risquant de se voir opposer la tardiveté de sa demande, son titre étant expiré depuis le 3 mars 2023. Dans ses conditions, la situation de Mme C A épouse B est constitutive d'une urgence et sa demande d'obtention d'un récépissé de demande de carte de séjour présente une utilité. Enfin, il ne résulte pas davantage de l'instruction que le préfet, qui ne conteste pas la complétude de son dossier de demande, ait entendu refuser de renouveler son titre de séjour, sa demande ne faisant pas ainsi obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme C A épouse B un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de se prononcer sur sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme C A épouse B un récépissé de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de se prononcer sur sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette notification.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C A épouse B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C A épouse B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C A épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 5 juin 2023.

Le juge des référés,

Signé

T. Bertoncini

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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