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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306494

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306494

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNIGHAIRBHIA GARVEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 mai 2023, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme C A épouse B, enregistrée au greffe de ce tribunal le 12 mai 2023.

Par cette requête, ainsi qu'un mémoire et des pièces enregistrés le 20 novembre 2023 Mme A épouse B, représentée par Me Ni Ghairbhia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " immédiatement à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- l'arrêté est insuffisamment motivé.

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu à égard à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la mesure d'éloignement :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 20 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 19 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2023.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les observations de Me Ni Ghairbhia, pour Mme A épouse B, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A épouse B, ressortissante turque née le 14 août 1986, déclare être entrée en France le 1er janvier 2021. Elle a sollicité un titre de séjour le 19 avril 2022 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme A épouse B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, quand bien même il aurait été rédigé à l'aide de formules stéréotypées, doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. D'une part, Mme A épouse B se prévaut, pour justifier de son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions au titre de la vie privée et familiale, de sa présence en France depuis le mois de janvier 2021, de son insertion sociale et de la présence en France de son époux et de leur enfant, né en France et âgé d'un an. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse B, qui ne produit que quelques pièces éparses et peu probantes, et dont l'époux est en situation irrégulière, ne justifie d'aucun autre lien personnel ou familial dans ce pays, alors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 34 ans et où résident ses parents. Les circonstances que Mme A épouse B et son époux se soient mariés en France et qu'ils prennent des cours de français ne sont pas de nature par elles-mêmes à démontrer l'insertion de la requérante dans le pays.

6. D'autre part, s'agissant de son admission exceptionnelle en qualité de salariée, la requérante produit une déclaration préalable à l'embauche et des bulletins de salaire pour la profession de vendeuse dans une boutique de mariage. Ces bulletins font état d'un travail à temps plein de février à mai 2021, puis en août 2021, d'un travail à temps partiel en décembre 2021 et juin 2022, ainsi que d'une activité sporadique en décembre 2022 et aucune activité de septembre à octobre 2021 puis de janvier à mai 2022. Les pièces produites par Mme A épouse B ne suffisent ainsi pas à démontrer son ancienneté et son expérience dans cet emploi ni, d'ailleurs, une insertion stable et ancienne sur le territoire.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante, qui ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel permettant la délivrance à titre exceptionnel d'un titre de séjour, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences sur sa situation personnelle.

8. En second lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ".

9. Mme A épouse B, qui ne se prévaut que des circonstances déjà examinées aux points 5 et 6, n'est pas fondée, pour les mêmes motifs, à soutenir que la décision méconnaît les stipulations précitées.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'éloignement :

10. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier comme des mentions de l'arrêté en litige que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de Mme A épouse B.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui régit l'admission exceptionnelle au séjour, est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement.

12. Enfin, si la requérante soutient que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne se prévaut que des mêmes circonstances que celles déjà examinées aux points 5 et 6 du présent jugement. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

14. A supposer que Mme A épouse B soutienne que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'elle risquerait d'être personnellement exposée à des peines ou traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Turquie, l'intéressée ne produit devant le tribunal aucune preuve attestant ces faits, ni aucun élément de nature à les établir. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 13 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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