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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306617

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306617

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARAVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2310192 du 16 mai 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. G F, enregistré au greffe du tribunal administratif de Paris le 6 mai 2023.

Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 19 juin 2023, M. F, représenté par Me Garavel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à un réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 15 et 22 juin 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-camerounais du 4 novembre 1977 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Robert, magistrat désigné. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant camerounais né le 11 octobre 1989, M. G F déclare être entré en France en 2018. L'intéressé a déposé une demande de reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 16 août 2018 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 décembre 2019, qui lui a été notifiée le 7 janvier 2020. Interpellé le 4 mai 2023, l'intéressé a fait l'objet, le jour même, d'un premier arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de renvoi et d'un second arrêté par lequel ledit préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. M. F demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. Les arrêtés en litige ont été signés par M. B D, attaché d'administration de l'Etat, adjoint au chef du 10ème bureau, qui a reçu délégation par un arrêté n° 2023-00059 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police du même jour, accessible tant aux juge qu'aux parties, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités, dont Mme A C, cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, les décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". La motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. L'arrêté du 4 mai 2023 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de renvoi vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-camerounais du 4 novembre 1977, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le 4° de l'article L. 611-1 et l'article L. 612-2. Par ailleurs, il mentionne les éléments de faits relatifs à la situation de M. F, notamment que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 16 août 2018 confirmée par une décision de la CNDA du 4 décembre 2019, qui lui a été notifiée le 7 janvier 2020. En outre, l'arrêté, qui mentionne la situation familiale et personnelle du requérant, précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il précise que M. F s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 25 janvier 2022 et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut pas présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Enfin, l'arrêté attaqué indique que M. F n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement réadmissible. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. En l'espèce, M. F soutient que la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale dès lors qu'il réside en France depuis 2018 et qu'il est le père d'une enfant scolarisée sur le territoire français, dont il assure seul l'entretien et l'éducation. Toutefois, le requérant ne démontre pas la réalité d'un séjour habituel et continue en France depuis 2018. En outre, la durée de séjour en France ne démontre pas, à elle-seule, que M. F y a déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que l'enfant du requérant, née en décembre 2010, a vécu jusqu'au 23 décembre 2019 au Gabon où elle a pu être scolarisée. Par suite, si le requérant produit un jugement d'un tribunal gabonais daté du 23 février 2023 lui délégant l'autorité parentale sur sa fille, il ne démontre pas l'existence d'obstacles à la reconstitution de sa cellule familiale au Gabon, où réside la mère de cet enfant, ou dans son pays d'origine. En outre, M. F, qui est célibataire et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile, sans avoir cherché à régulariser sa situation, ne démontre aucune insertion professionnelle ou sociale particulière en France. Par suite, eu égard aux conditions de son séjour en France, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. F n'établit pas davantage que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point n°6, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention précitée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

10. L'arrêté du 4 mai 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français, qui vise notamment les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que M. F ne justifie pas de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés en France et s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, en date du 25 janvier 2022. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas de l'existence de liens intenses et anciens avec la France. En outre, il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 25 janvier 2022 à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, alors même que son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions des articles L.612-6 et L. 612-10 du code précité et le moyen qui en est tiré doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Partie perdante à la présente instance, les conclusions présentées par M. F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

D. Robert La greffière,

Signé

M. E La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23066172

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