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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306665

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306665

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 mai 2023 et 1er février 2024, M. A B, représenté par Me Gall, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 11 avril 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif, à compter de la date de cessation ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 200 euros.

M. B soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière et en méconnaissance du principe du contradictoire, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui ayant pas préalablement notifié son intention de prononcer la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

- repose sur un motif entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il ne s'est pas soustrait de manière intentionnelle et systématique aux convocations ;

- est fondée sur des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont incompatibles avec l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 25 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision, en date du 11 avril 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. La décision attaquée a été prise, sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que M. B n'avait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s') abstenant de (se) présenter aux autorités. ".

3. Il ressort du mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que M. B ne s'est pas présenté les 11 et 27 janvier 2023 à la préfecture des Yvelines où il avait été convoqué en vue du renouvellement de son attestation de demande d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les services du préfet des Yvelines n'ont pas directement convoqué le requérant mais adressé, le 28 décembre 2022, un message électronique à une travailleuse sociale de l'HUDA Equalis Serena de Saint-Germain-en-Laye où M. B était hébergé, au titre du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile, depuis le 4 octobre 2022, en la priant de transmettre les convocations à leur destinataire. M. B soutient que les convocations de la préfecture des Yvelines ne lui ont jamais été remises et en justifie par la production d'un document signé par la cheffe de service et un travailleur social de Equalis / HUDA Saint-Germain-en Laye en date du 23 novembre 2023. Il ressort de ce document que la travailleuse sociale, destinataire du message électronique de la préfecture des Yvelines n'était plus en fonction au sein de la structure à la date de réception du message et " qu'aucun autre travailleur social n'a pris connaissance du mail envoyé () pour avertir M. B ". Dans ces conditions, le requérant ne pouvait pas être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'étant abstenu de se présenter aux autorités, au motif qu'il ne s'était pas présenté aux convocations de la préfecture des Yvelines.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le requérant dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la décision annulée par le présent jugement a produit ses effets. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à l'avocate de M. B d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gall renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision, en date du 11 avril 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. B dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la décision annulée par le présent jugement a produit ses effets, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Gall, avocate de M. B, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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