Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306701

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule le refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans à M. A, ressortissant algérien. La décision est annulée pour défaut de motivation, le préfet s'étant contenté d'invoquer le non-respect des principes régissant la République française sans fournir d'explications suffisantes. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois et condamne l'État à lui verser 1 000 euros au titre des frais de justice. La solution est fondée sur l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai 2023 et 5 mai 2024, M. B A, représenté par Me Marmin, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des stipulations des articles 6-2 et 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le respect des principes fondamentaux de la république française ne constitue pas une condition pour bénéficier du certificat de résidence.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 18 juillet 1983, est entré en France le 1er mars 2020. Il a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français à compter du 1er mars 2020. Le 3 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans. Par une décision implicite, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité. Par une décision explicite, constituée par un courriel du 3 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a confirmé son refus de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une décision explicite du 3 avril 2023 qui s'est nécessairement substituée à la décision implicite née du silence gardé sur sa demande de délivrance d'un certificat de résidence formulée le 3 mars 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer " la carte de dix ans " au motif qu'il n'a " pas respecté les principes régissant la république française ". Or, cette seule motivation n'est pas suffisante pour permettre au requérant de comprendre le bien-fondé de la décision litigieuse. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision du préfet des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à la nature du moyen d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, procède à un nouvel examen de sa demande de délivrance d'un certificat de résidence de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 3 avril 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Fabas, conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2306701