Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306949

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCARITI-BRANKOV

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant camerounais, qui contestait le refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident de dix ans, tout en lui accordant une carte de séjour temporaire. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Il a également estimé que M. B ne remplissait pas les conditions prévues par les articles L. 423-10 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de justifier être père d'un enfant français ou résider en France depuis plus de trois ans. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 23 mai 2023 et 6 juin 2023, M. A B, représenté par Me Cariti-Brankov, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine en tant que par cette décision, le préfet, après lui avoir accordé une carte de séjour temporaire, a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans, ensemble la décision implicite du 23 mars 2023 rejetant son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-10 L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-10 L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un courrier du 7 juin 2023, la requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-camerounais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire signé le 21 mai 2009 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais, a sollicité la délivrance d'une carte de résident valable 10 ans. Par une décision du 18 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine, tout en lui accordant une carte de séjour d'un an, a rejeté cette demande, au motif que le requérant ne disposait pas de ressources suffisantes et ne respectait pas les principes régissant la République française. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision, ensemble celle du rejet de son recours gracieux du 17 janvier 2023.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et les faits sur lesquels il s'appuie. En particulier, il indique que le requérant, ne disposant pas de ressources suffisantes et ne respectant pas les principes régissant la République française, ne remplit pas les conditions combinées de l'article 12 de l'accord franco-camourenais susvisé et de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, cette décision, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.

3. En second lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ".

5. M. B n'établit pas être père d'enfants français ni résider depuis plus de trois ans sur le territoire français. Par suite, il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir qu'il remplirait les conditions de l'article L. 423-10 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, et alors que le préfet n'était pas tenu de saisir la maire de la commune qui ne se prononce que sur la condition d'intégration, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les dispositions des articles L. 423-10 et L. 413-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit au regard de ces dispositions.

6. Enfin, le requérant ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la décision implicite de refus de délivrance d'une carte de résident valable dix ans n'emporte, par elle-même, aucune conséquence sur le droit au séjour de l'intéressé, qui s'est vu délivrer par le préfet des Hauts-de-Seine une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2306949