Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307023
vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307023 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mai 2023 et 29 mai 2024, M. A C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, ensemble la décision explicite du 21 juillet 2023 ayant le même objet ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le bénéfice du regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'État à verser la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi.
Il soutient que :
- la décision de rejet est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 24 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est tardive.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- et les explications de M C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 18 août 1974 et titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 24 avril 2026, a déposé auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme D, le 18 juin 2021 et a reçu une attestation de dépôt de sa demande le 16 février 2022. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande pendant plus de six mois sur cette demande, ensemble la décision explicite de rejet du préfet des Hauts-de-Seine du 21 juillet 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait entaché sa décision d'un défaut de motivation en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois.
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a effectué une demande de regroupement familial, qui a été rejetée implicitement, en vertu du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine pendant six mois, puis explicitement le 21 juillet 2023 par une décision dudit préfet. Il en résulte que les conclusions du requérant dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 21 juillet 2023, qui s'y est substituée.
4. En premier lieu, la décision du 21 juillet 2023 vise les textes dont il fait application, notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et les faits sur lesquels elle s'appuie. En particulier, elle indique que le requérant constitue une menace pour l'ordre public et ne peut dès lors pas prétendre au regroupement familial. Dans ces conditions, cette décision, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.
5. En second lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux Algériens dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le moyen doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.
8. En l'espèce, M. C est divorcé depuis le 13 mai 2019 de Mme E, avec laquelle il a trois enfants, qui vivent chez leur mère. Il ressort des pièces du dossier qu'il est marié seulement depuis le 4 février 2021 à Mme B D, ressortissante algérienne pour laquelle il demande le bénéfice du regroupement familial et avec laquelle il n'a pas d'enfants. Par ailleurs, alors qu'il s'est marié en Algérie, il ne verse au dossier aucun élément permettant d'apprécier l'intensité et l'ancienneté de sa relation avec son épouse. Dans ces conditions, et alors même que le requérant ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, en rejetant la demande de regroupement familial présentée par M. C, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet en défense, que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2307023