Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307096

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, qui contestait la décision du préfet des Hauts-de-Seine de classer sans suite sa demande de renouvellement de carte de séjour « salarié » pour dossier incomplet. Le tribunal a jugé que ce refus d’enregistrement, fondé sur l’absence d’une autorisation de travail (pièce requise par l’annexe 10 du CESEDA), ne constituait pas une décision faisant grief, car l’incomplétude du dossier n’était pas contestée. En conséquence, les conclusions en annulation ont été déclarées irrecevables. Les textes appliqués sont les articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, Mme A B, représentée par Me C, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de classement sans suite de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " salarié ", prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 28 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " salarié " l'autorisant à travailler et de reprendre l'instruction de sa demande ;

4°) de condamner l'État à verser la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne comporte pas les nom, prénom et qualité de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que le préfet ne pouvait lui opposer l'incomplétude de son dossier, dès lors que sa demande d'autorisation de travail a été clôturée en raison de l'expiration de son récépissé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il faut valoir que la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée, motivée par l'incomplétude du dossier, est insusceptible de recours contentieux.

Par décision du 29 mai 2024 la clôture de l'instruction a été prononcée le 12 juin 2024.

M. C a produit des pièces postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller ;

- les observations de Me C, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 10 mai 1977 et déclarant être entrée en France en 2006, s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", qui a expiré le 24 septembre 2021. Elle en a demandé le renouvellement et a été mise en possession de récépissés, dont le dernier, portant autorisation de travailler, était valable jusqu'au 23 janvier 2023. Par une décision du 28 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour en raison de l'incomplétude de son dossier. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Hauts-de-Seine :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". L'annexe 10 dudit code prévoit notamment que pour les demandes de renouvellement de carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", l'étranger doit produire l'autorisation de travail dématérialisée délivrée à son employeur.

3. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 de ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

4. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la demande de Mme B était incomplète dès lors qu'elle ne contenait pas d'autorisation de travail, ce qu'admet l'intéressée, qui se borne à souligner que son nouvel employeur s'est vu refusé la délivrance d'une autorisation de travail au motif que son titre de séjour était expiré. Ainsi, l'intéressée ne conteste pas que son dossier était incomplet. Il s'ensuit que le refus d'enregistrement en litige n'a pas le caractère d'une décision faisant grief susceptible d'être contestée par la voie du recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 mars 2023 sont irrecevables et la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Hauts-de-Seine en défense doit être accueillie.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2307096