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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307133

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307133

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE NESTOUR JEAN-MARC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai, 30 mai, 18 septembre, 26 octobre 21 décembre 2023 et un mémoire enregistré le 7 août 2024 et non communiqué Mme F, représentée par Me Ghaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Viarmes a accordé à M. B un permis de construire en vue de démolir partiellement une construction existante et de modifier celle-ci en vue de réaliser un immeuble de deux logements 11 rue du Montcel dans la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Viarmes et de M. B une somme globale de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, dès lors que la photographie de l'environnement lointain du projet ne permet pas de visualiser celui-ci dans cet environnement ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA5.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Viarmes.

Par des mémoires enregistrés les 31 juillet, 2 octobre, 22 novembre et 29 décembre 2023, la commune de Viarmes, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 3 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable faute d'intérêt à agir de la requérante et que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 8 juin 2023 à M. B qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Edert, présidente rapporteure,

-les conclusions de Mme Garonna, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 janvier 2023 le maire de la commune de Viarmes a délivré à M. B un permis de construire sur un terrain situé 11 rue du Montcel dans ladite commune en vue de procéder à la démolition d'une partie d'une maison d'habitation existante et à la reconstruction partielle de cette maison, destinée à accueillir deux logements. Ce permis a été demandé par le pétitionnaire afin de mettre la construction existante en conformité avec l'existence d'une servitude constituée au profit du fonds de la requérante. Par la présente requête Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / (). ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties en écartant, le cas échéant, les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme F, qui atteste de sa qualité de propriétaire, est voisine immédiate du projet et fait valoir que celui-ci altérera la luminosité et les vues dont elle bénéficie actuellement. Elle fait ainsi valoir des éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet. Par suite, et alors même que le projet a pour objet de mettre en conformité la construction existante avec la servitude dont la propriété de la requérante est bénéficiaire, Mme F justifie d'un intérêt lui donnant qualité à agir à l'encontre du permis de construire du 26 janvier 2023 et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A D, adjoint au maire de Viarmes, a reçu délégation, par un arrêté du 21 septembre 2020 rendu exécutoire le 28 septembre 2020, afin de signer les permis de construire. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire du permis du 26 janvier 2023 doit être écarté.

6. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire comportait une vue lointaine de la construction existante prise depuis l'est de la rue du Montcel, vue sur laquelle une flèche rouge indiquait le lieu d'implantation du projet. Par suite la demande de permis de construire était conforme aux dispositions précitées et le moyen doit être écarté.

8. Aux termes de l'article UA5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Viarmes : " Implantation des constructions 5.2 Par rapport aux limites séparatives. Dans une bande de 25 mètres de profondeur mesurée à partir de l'alignement, les constructions seront implantées sur une ou plusieurs limites séparatives latérales.' Au-delà de la bande de 25 mètres, les constructions seront implantées en retrait des limites séparatives. En limite séparative de fond, le retrait doit être respecté. Règles applicables aux marges d'isolement (retrait) (). En cas de retrait, celui-ci est mesuré perpendiculairement de tout point de la construction jusqu'au point de la limite séparative qui en est le plus proche. Le retrait par rapport aux limites séparatives, s'il est appliqué, ne peut être inférieur à la moitié de la hauteur de la construction faisant face à la limite séparative, avec un minimum de 4 mètres. Cependant, cette marge peut être réduite à 2,5 mètres s'il s'agit d'une façade aveugle ou comprenant des jours à verre dormant. Ne sont pas prises en compte pour le calcul des marges d'isolement, les saillies sur les façades, non closes et n'excédant pas 0,80 m de profondeur (auvents, balcons, débords de toiture, etc). Les règles du présent article ne s'appliquent pas : • aux constructions à destination d'équipements d'intérêt collectif et services publics, • aux constructions annexes, dès lors qu'elles présentent'une emprise au sol de moins de 15m2 et qu'elles ne dépassent pas une hauteur de 2,5 m mesurée du terrain naturel à l'égout du toit : pour ces bâtiments, le recul imposé est de 1 mètre minimum. Cependant, dans une bande de 25 mètres de profondeur mesurée à partir de l'alignement, les annexes pourront être implantées sur une limite séparative ou en retrait. • à la reconstruction après sinistre des bâtiments existants légalement édifiés dont l'implantation ne respecte pas les règles de la zone, • à l'aménagement (extension, surélévation, transformation) des constructions existantes légalement édifiées dont l'implantation ne respecte pas les règles de la zone, sous réserve : - que la distance par rapport à la limite séparative ne soit pas diminuée. - que les baies créées à l'occasion des travaux respectent les distances réglementaires par rapport aux limites séparatives ".

9. Et aux termes du lexique du règlement : " FAÇADE : Les façades d'un bâtiment ou d'une construction correspondent à l'ensemble de ses parois extérieures hors toiture. Elles intègrent tous les éléments structurels, tels que les baies, les bardages, les ouvertures, l'isolation extérieure et les éléments de modénature. MARGES D'ISOLEMENT : La marge d'isolement est la distance séparant toute construction des limites séparatives. Son calcul s'appuie sur les définitions suivantes : • Distance minimale (d) Fixée par le règlement de la zone, cette distance constitue un minimum absolu. Elle se calcule par rapport soit au mur de façade, soit à l'aplomb des saillies (sauf exceptions prévues dans le règlement de la zone). Pour les bâtiments ne comportant pas de parois (hangars, abris sur poteaux), la marge d'isolement se calcule par rapport à l'aplomb de la toiture ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'une construction projetée dans la bande de 25 mètres à compter de l'alignement doit, lorsqu'elle n'est pas implantée, comme le règlement l'autorise, sur la totalité des limites séparatives latérales du terrain, et présente donc un retrait par rapport à l'un d'entre elles, respecter les règles applicables aux marges d'isolement, lesquelles s'appliquent que le retrait résulte ou non d'une obligation prévue par le règlement.

11. Il ressort des pièces du dossier qu'un pan de façade de la construction projetée est implanté en retrait de la limite séparative latérale ouest à 1,92 m de cette limite, distance de retrait inférieure à celle minimale de 2,5 mètres imposée par l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme. L'implantation de cette façade n'était ainsi par conforme aux dispositions précitées. En outre les travaux projetés, consistant à modifier la distance entre la façade ouest de la construction et la limite séparative qui lui fait face, ne sont pas étrangers, contrairement à ce que soutient la commune, à l'objet des dispositions précitées. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

13. Le vice relevé au point 11 est susceptible d'être régularisé sans que cela implique d'apporter au projet en cause un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu, dans ces conditions, d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 en tant seulement que cette décision méconnaît les dispositions de l'article UA 5 du règlement plan local d'urbanisme de la commune de Viarmes.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre uniquement à la charge de la commune de Viarmes une somme de 1 500 euros à verser à Mme F au titre des frais qu'elle a exposé et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de Viarmes demande au même titre.

D É C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 26 janvier 2023 du maire de la commune de Viarmes est annulé en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article UA5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

Article 2 :La commune de Viarmes versera à Mme F une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions présentées par la commune de Viarmes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme E F, à la commune de Viarmes et à M. C B.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente- rapporteure,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

S. Edert L'assesseur la plus ancienne

signé

E. Chaufaux La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N° 2312480

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