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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307304

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307304

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 mai et 28 juin 2023, Mme D E, représentée par Me Guler, avocate désignée d'office, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 29 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, à titre subsidiaire, d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, d'une part, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, d'autre part, de procéder à l'effacement de son signalement au sein du système d'information Schengen.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- il méconnait le principe du respect des droits de la défense ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est mariée avec un ressortissant français et mère de deux enfants issus de cette relation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français viole les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Poyet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juillet 2023 :

- le rapport de M. Poyet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Guler, avocate désignée d'office, représentant Mme E, requérante, présente, assistée de M. C, interprète en langue bambara, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, de nationalité malienne née le 20 septembre 1996 à Diagala au Mali, est entrée sur le territoire français en 2020. Elle a été interpellée et placée en garde à vue pour des faits de violence sur un de ses enfants mineurs. Par un arrêté du 29 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-043 du 2 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, Mme B A, sous-préfète et secrétaire générale adjointe de la préfecture des Hauts-de-Seine, a reçu délégation à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département des Hauts-de-Seine, à l'exception d'actes expressément listés, parmi lesquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". La motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. L'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 2° de l'article L. 611-1, les articles L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Le préfet souligne la situation personnelle et familiale de Mme E, son ancienneté de présence en France et le fait qu'elle ait été placée en garde à vue pour des faits de violence sur l'un de ses enfants. Il mentionne également que l'arrêté en litige ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il existe un risque que la requérante se soustraie à la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet dès lors qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de son visa et n'a jamais sollicité de titre de séjour et qu'elle ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Ainsi, l'arrêté du 29 mai 2023 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répondent aux exigences de motivation posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle et familiale de Mme E. Il n'était pas tenu, contrairement à ce que soutient l'intéressée, de se prononcer expressément en ce qui concerne la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français sur les quatre critères mentionnés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts.

7. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, l'intéressée n'indique pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient pu faire aboutir la procédure administrative à un résultat différent. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense. Dès lors, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. D'une part, si Mme E, entrée en France en 2020, déclare être mariée à un ressortissant français, elle ne le démontre pas par les pièces produites à l'instance. En outre, alors qu'elle se prévaut de la présence de ses enfants en France, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se recompose dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. D'autre part, la requérante ne justifie d'aucune insertion particulière, notamment professionnelle, au sein de la société française. Il ressort au contraire des termes de l'arrêté, non contestés par Mme E, qu'elle a été placée en garde à vue pour des faits de violence sur l'un de ses enfants. Ainsi, elle n'apporte pas la preuve qu'elle a fixé sur le territoire national le centre de ses intérêts privés. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle et familiale doivent être écartés.

10. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, seulement opérant à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement, non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 9, il n'existe, en tout état de cause, pas d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine de Mme E. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que l'arrêté qu'elle conteste aurait pour effet de la séparer de ses enfants en méconnaissance de leur intérêt supérieur protégé par l'article 3-1 précité de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

13. Les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par l'intéressée à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et lui interdisant le retour sur le territoire français ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. D'une part, Mme E ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, alors même que l'intéressée n'a jamais l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet, eu égard à la situation personnelle de Mme E, rappelée au point 9, n'a ni violé les dispositions précitées ni entaché d'une erreur d'appréciation sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme E tendant à l'annulation de l'arrêté au préfet des Hauts-de-Seine du 29 mai 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Poyet La greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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