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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307533

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307533

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET GENTILHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, la société par actions simplifiées (SAS) Foncière d'Elise, représentée par Me Hasday, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle le maire de la commune Montmagny a rejeté la demande de permis de construire n° PC 0954272280017 portant travaux sur construction existante et changement de destination d'un entrepôt en garage automobile avec modification des structures porteuses sur les parcelles cadastrées AB 184 et AB 655 sises 1 rue du Château et 2 rue Pelletier ;

2°) d'enjoindre à la commune de Montmagny de délivrer le permis de construire PC 0954272280017 à la SAS Foncière d'Elise ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montmagny la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le motif tiré de l'absence de dossier architectural n'est pas fondé ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme n'est pas fondé, dès lors que les dispositions ne sont opposables qu'aux constructions nouvelles ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme n'est pas fondé, dès lors que le projet n'avait à prévoir la création que de deux places de stationnement ; en tout état de cause, la location de deux places de stationnement aurait dû être prise en compte par le service instructeur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la commune de Montmagny, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la SAS Foncière d'Elise au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Foncière d'Elise ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Montmagny ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- et les observations de Me Guranna, substituant Me Gentilhomme, représentant la commune de Montmagny.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juin 2022, la SAS Foncière d'Elise a déposé une demande de permis de construire portant travaux sur construction existante et changement de destination d'un entrepôt en garage automobile avec modification des structures porteuses sur les parcelles cadastrées AB 184 et AB 655 sises 1 rue du Château et 2 rue Pelletier à Montmagny (95). Par une décision en date du 15 mars 2023, le maire de Montmagny a refusé d'accorder le permis sollicité. Par la présente requête, la SAS Foncière d'Elise demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée :

2. La décision litigieuse du 15 mars 2023 a été signée par M. D A, premier adjoint au maire de Montmagny, qui bénéficiait d'une délégation de signature par un arrêté n° A/ DAG/2020/12 du 15 juillet 2020, à l'effet notamment de signer " tous actes, documents, contrats " dans le domaine de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :

3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ".

4. La décision attaquée indique les différents motifs justifiant pour l'autorité administrative le refus et tiré de la méconnaissance notamment des articles UA 4 et 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Montmagny. A cet égard, elle cite l'article UA 4 et précise que suite à l'avis défavorable rendu le 8 novembre 2022 par le service assainissement de la communauté d'agglomération Plaine Vallée, le projet présenté n'est pas compatible avec l'article UA 4 du plan local d'urbanisme. Le maire de la commune de Montmagny doit ainsi être regardé comme s'étant approprié les motifs de cet avis qu'il établit avoir annexé à la décision querellée. Par suite, aucune disposition légale ou réglementaire n'imposant d'adresser cet avis au pétitionnaire préalablement à l'édiction d'une décision de refus de permis de construire sur lequel elle se fonde partiellement, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les motifs de refus :

5. Aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " Conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire. ".

6. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le maire de Montmagny a notamment fondé sa décision de refus sur le motif tiré de ce que l'intégralité des pièces jointes à la demande de permis de construire n'aient pas été signées par l'architecte du projet. Toutefois, il ressort du formulaire Cerfa joint à la demande de permis de construire que le projet architectural a été établi par Mme B C, architecte, dont le numéro d'inscription au tableau de l'ordre des architectes est précisé. En outre, dès lors que la signature de l'architecte à laquelle la SAS Foncière d'Elise a fait appel est apposée sur le dossier de demande de permis de construire adressé au maire de Montmagny le 29 juin 2022, cette signature a pour effet de certifier l'exactitude de l'ensemble des documents joints à cette demande. Dans ces conditions, alors qu'il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire, et sous réserve de la fraude, que les plans ont bien été établis par l'architecte mentionné dans la demande, en exigeant que tous les plans soient signés par l'architecte du projet, le maire de Montmagny a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. Toutefois, pour rejeter la demande de permis de construire de la SAS Foncière d'Elise, le maire de la commune de Montmagny s'est également fondé sur deux autres motifs.

8. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : () / c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ". Selon l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montmagny : " 1/ Assainissement / Toute construction ou installation nouvelle doit obligatoirement être raccordée au réseau public. () / Toutefois, en l'absence de desserte par le réseau public et seulement dans ce cas, un système d'assainissement autonome conforme à la réglementation en vigueur est autorisé. / À l'intérieur d'une même propriété, les eaux pluviales et les eaux usées doivent être recueillies séparément. / L'éventuelle mise en conformité des réseaux existants devra être effectuée lorsque des travaux de construction ou d'aménagement seront réalisés dans les propriétés. () ".

9. La société requérante soutient que son projet n'entre pas dans le champ d'application des dispositions du plan local d'urbanisme visées au point précédent dès lors qu'il ne porterait sur aucune construction nouvelle ou aménagement, mais qu'il aurait seulement pour objectif d'entériner un changement de destination d'un bien avec un unique changement de façade. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du dossier de demande de permis de construire, que le projet de la SAS Foncière d'Elise a vocation à régulariser des travaux sur une construction existante tendant tant à un changement de destination d'un entrepôt en garage automobile avec modification des structures porteuses qu'à la réfection des façades sur rue, la réfection complète d'une dépendance, un agrandissement et un remplacement de la menuiserie, la création d'une sortie d'extraction pour le garage sur cour intérieure, ainsi que l'aménagement d'une boutique en épicerie avec création en sous-sol d'un local de repos et de réserves, et l'aménagement du garage automobile. Ainsi, le projet litigieux, qui comporte des travaux de construction et d'aménagement, devaient respecter les dispositions de l'article 4 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de Montmagny par la mise en conformité des réseaux existants s'agissant de l'assainissement et du recueil des eaux pluviales et des eaux usées. Il s'ensuit que le maire de la commune de Montmagny a pu sans commettre d'erreur de droit refuser d'accorder à la SAS Foncière d'Elise le permis de construire qu'elle sollicitait au motif que le projet dont il est demandé l'autorisation ne respecte pas les dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. En second lieu, selon l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. / Lorsque le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ne peut pas satisfaire aux obligations résultant du premier alinéa, il peut être tenu quitte de ces obligations en justifiant, pour les places qu'il ne peut réaliser lui-même, soit de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement existant ou en cours de réalisation et situé à proximité de l'opération, soit de l'acquisition ou de la concession de places dans un parc privé de stationnement répondant aux mêmes conditions. () ". Aux termes de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montmagny : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assuré en dehors des voies publiques. Lors de toute opération de construction, de changement de destination des bâtiments, d'extension ou de transformation de locaux, des aires de stationnement et de retournement dont les caractéristiques et les normes minimales sont définies ci-dessous devront être réalisées. () Ces normes ne s'appliquent qu'aux surfaces nouvellement créées ainsi qu'aux changements d'affectation. Normes à respecter : Lorsqu'une construction comporte plusieurs affectations, les normes affectées à chacune d'elle seront appliquées au prorata de la SURFACE DE PLANCHER. () - Commerce : 1 place pour 75m2 de SURFACE DE PLANCHER. "

11. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux a vocation à créer 167 m2 de surface de plancher, affectés désormais à la destination " commerce ". Dans ces conditions, les dispositions du plan local d'urbanisme précitées, ayant vocation à s'appliquer aux extensions de surface de plancher comme aux changements d'affectation, imposent la réalisation de trois places de stationnement. Or, il est constant que le projet de la SAS Foncière d'Elise, ne prévoit, sur la parcelle, que la création que de deux places de stationnement, destinées à l'usage du personnel, et de deux places qualifiées de " postes de travail " du garage automobile non destinées au stationnement au sens du plan local d'urbanisme. Par ailleurs, la circonstance que deux contrats de location de places de stationnement aient été signés par la société requérante pour une durée de trois mois, bien que celle-ci soit reconductible, ne saurait être considérée comme suffisante pour les regarder comme des contrats de concession à long terme au sens des dispositions de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme. Par suite, le motif tiré de la méconnaissance des règles de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme n'est entaché d'aucune erreur de droit ni de fait.

12. Enfin, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Montmagny aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ces deux motifs, ou sur l'un ou l'autre d'entre eux.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Foncière d'Elise n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 15 mars 2023.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montmagny, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Foncière d'Elise demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Par ailleurs, dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Montmagny présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Foncière d'Elise est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Montmagny présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par action simplifiées (SAS) Foncière d'Elise et à la commune de Montmagny.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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