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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307806

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307806

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2023, la SAS On Tower France, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Pontoise a fait opposition à la déclaration préalable de travaux numéro DP 95500 23 00031 déposée le 16 février 2023 en vue de la modification d'une station relais par l'ajout de trois antennes et de l'agrandissement des fausses cheminées sis, 1 rue de la Fontaine d'Amour à Pontoise (95300) ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Pontoise de lui délivrer une décision de non-opposition dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) mettre à la charge de la commune de Pontoise la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, dès lors que sa compétence n'a pas été établie ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le maire de la commune de Pontoise, qui a repris strictement l'avis de l'architecte des bâtiments de France, s'est cru en situation de compétence liée et n'a pas procédé à l'instruction du dossier alors qu'il ne s'agit pas d'un avis conforme ;

- le projet litigieux n'est pas de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable de Pontoise.

Par un mémoire, enregistré le 3 mai 2024, la commune de Pontoise conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS On Tower France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La SAS On Tower France a produit un mémoire le 12 mai 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°2316124 du 24 janvier 2024.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public,

- les observations orales de Me Roulette, représentant la commune de Pontoise.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS On Tower France a déposé, le 16 février 2023, une déclaration préalable en vue de la modification d'une station relais par l'ajout de trois antennes relais et l'agrandissement de trois fausses cheminées sur le toit d'un bâtiment sis, 1 rue de la Fontaine d'Amour à Pontoise. Par un arrêté du 30 mars 2023, l'adjoint au maire de la commune de Pontoise a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la société On Tower France demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeuble non bâtis () ". Aux termes de l'article L. 632-2 de ce code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées (). ". Toutefois, aux termes de l'article L. 632-2-1 du même code : " Par exception au I de l'article L.632-2, l'autorisation prévue à l'article L.632-1 est soumise à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France lorsqu'elle porte sur : 1°/ Des antennes relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne et leurs systèmes d'accroche ainsi que leurs locaux et installations techniques () ". En outre, l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme précise : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une autorisation de construction d'une antenne relais dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou aux abords d'un monument historique est soumise à un avis de l'architecte des Bâtiments de France, et que cet avis n'est pas un avis conforme.

3. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 30 mars 2023 que le maire de la commune de Pontoise s'est opposé au projet litigieux en se bornant à citer l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 20 mars 2023. Par suite, le maire de Pontoise, qui s'est cru lié par cet avis et a renoncé à exercer son pouvoir d'appréciation, a commis une erreur de droit.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes des dispositions de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pontoise : " Toute autorisation d'occupation du sol peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". L'architecte des bâtiments de France et le maire de la commune de Pontoise ont considéré que le projet était de nature à porter atteinte à son milieu environnant et plus spécifiquement au point de vue remarquable de la cathédrale Saint Maclou de Pontoise.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la rénovation des antennes existantes, par l'ajout de trois nouvelles antennes et la rénovation des fausses cheminées existantes par une extension limitée de celles-ci de 13 centimètres environ en hauteur et 70 centimètres en largeur. Compte tenu du volume nouveau autorisé en hauteur, le changement de dimension de ces cheminées est imperceptible à l'œil nu du point de vue situé dans la rue de la Fontaine d'Amour à Pontoise, alors que l'immeuble situé 1 rue de la Fontaine d'Amour sur lequel sont implantées les cheminées abritant les antennes ne présente aucun intérêt remarquable et environnemental.

6. En outre, la commune de Pontoise, qui invoque en défense les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme, doit être regardée comme entendant demander au tribunal de procéder à une substitution de motifs. Toutefois, il ne ressort pas des éléments du dossier que ce motif est susceptible de fonder légalement l'arrêté attaqué. Il ne peut, dès lors, être procédé à la substitution de motifs demandée.

7. Dans ces conditions, le motif tiré de ce que ce que le projet est de nature à porter atteinte à son milieu environnant et plus spécifiquement au point de vue remarquable de la cathédrale Saint Maclou de Pontoise est entaché d'une erreur d'appréciation.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le dernier moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 30 mars 2023 n'est pas de nature à justifier l'illégalité de la décision en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS On Tower France est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Pontoise a fait opposition à la déclaration préalable de travaux numéro DP 95500 23 00031 déposée le 16 février 2023 en vue de la modification d'une station relais par l'ajout de trois antennes et l'agrandissement des fausses cheminées sis, 1 rue de la Fontaine d'Amour à Pontoise (95300).

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit () ".

11. Eu égard aux motifs d'annulation de l'arrêté contesté du maire de Pontoise en date du 30 mars 2023 et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative s'oppose aux travaux en litige, le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Pontoise délivre à la SAS On Tower France le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant de la naissance, à son bénéfice, d'une décision tacite de non-opposition. Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de Pontoise de délivrer ce certificat, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Pontoise une somme de 1 500 euros à verser à la SAS On Tower France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Pontoise au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 30 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Pontoise s'est opposé à la déclaration préalable de travaux numéro DP 95500 23 00031 déposée le 16 février 2023 par la SAS On Tower France, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Pontoise de délivrer à la SAS On Tower France le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant que la société est titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable numéro DP 95500 23 00031, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Pontoise versera à la SAS On Tower France une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Pontoise présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS On Tower France et à la commune de Pontoise.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. Saïh

Le président,

Signé

T. Bertoncini La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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