Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 31 mai 2023, sous le n° 2307824, la SARL OSTEN, représentée par Me Hureaux, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 7 avril 2023 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 23 160 euros, et la contribution forfaitaire prévue aux articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 7 659 euros ;
2°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’irrégularités quant à la procédure judiciaire ;
elle ne respecte pas l’autorité de la chose jugée au pénal ;
aucune obligation ne pèse sur un employeur qui embauche un ressortissant de l’Union européenne pour lequel une autorisation de travail n’est pas exigée lorsqu’il s’est assuré que ce salarié disposait d’un document de nature à justifier de sa qualité de ressortissant de l’Union européenne ;
elle ne pouvait déceler le caractère frauduleux des pièces d’identité remises lors de l’embauche des deux salariés ni les usurpations d’identité ;
elle est de bonne foi ;
la décision attaquée lui cause de graves difficultés financières.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés, sous le n° 2404614, les 29 mars 2024, 19 décembre 2025 et 15 janvier 2026, la SARL OSTEN, représentée par Me Tall, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 7 avril 2023 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 23 160 euros, et la contribution forfaitaire prévue aux articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 7 659 euros ;
2°) d’annuler les titres de perception émis le 30 mai 2020 en vue de recouvrer lesdites sommes ;
3°) de décharger la société du montant des sommes dues ;
4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision du 7 avril 2023 :
la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’irrégularités quant à la procédure judiciaire ;
elle ne respecte pas l’autorité de la chose jugée au pénal ;
dès lors qu’aucune procédure de retour n’est engagée conformément à l’article 5 de la directive 2009/52/CE la contribution forfaitaire est illégale ;
aucune obligation ne pèse sur un employeur qui embauche un ressortissant de l’Union européenne pour lequel une autorisation de travail n’est pas exigée lorsqu’il s’est assuré que ce salarié disposait d’un document de nature à justifier de sa qualité de ressortissant de l’Union européenne ;
elle ne pouvait déceler le caractère frauduleux des pièces d’identité remises lors de l’embauche des deux salariés ;
elle est de bonne foi ;
la décision attaquée lui cause de graves difficultés financières.
En ce qui concerne les titres de perception :
ils sont insuffisamment motivés ;
ils ne comportent pas la signature de leur auteur ;
aucun bordereau de recettes comportant éventuellement la signature de l’auteur du titre
de perception ne lui a été notifié ;
ils sont illégaux en raison de l’illégalité de la décision du 7 avril 2023 sur laquelle ils se fondent ;
dès lors qu’aucune procédure de retour n’est engagée conformément à l’article 5 de la directive 2009/52/CE la contribution forfaitaire est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, la direction départementale des finances publiques de l’Essonne demande au tribunal de le mettre hors de cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2025, l’OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l’intérieur qui n’a pas produit d’écritures.
Par un courrier du 10 février 2026, les parties ont été informées, sur le fondement de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’abrogation par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 des articles L. 822-2 et L. 822-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de ce qu’il appartient au juge administratif, statuant comme juge de plein contentieux sur une contestation portant sur une sanction que l’administration inflige à un administré, de faire application, le cas échéant, d’une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l’infraction a été commise et celle à laquelle il statue.
Par un mémoire enregistré le 11 février 2026, la société a répondu au moyen d’ordre public soulevé par le tribunal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code du travail ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;
et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Le 29 juillet 2022, les services de la brigade mobile de recherche territoriale du Val-d’Oise ont effectué un contrôle sur un des lieux d’intervention de la SARL OSTEN, dont l’objet social est le nettoyage et l’entretien de tous locaux commerciaux industriels et particuliers. Ils ont constaté la présence de trois ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à travailler et à séjourner en France. Par une décision du 7 avril 2023, l’OFII a appliqué à la société la contribution spéciale prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 23 160 euros et la contribution forfaitaire prévue à l’article L. 822-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour un montant de 7 659 euros. Deux titres de perception pour une somme totale de 30 819 euros ont été émis le 11 mai 2023 en vue du recouvrement de ces sanctions. La société requérante demande l’annulation de la décision du 7 avril 2023, des titres de perception émis à son encontre le 11 mai 2023 et demande la décharge des sommes correspondantes.
Sur la jonction des requêtes :
Les requêtes enregistrées dans les instances n° 2307824 et n° 2404614 ont été introduites par la même société requérante et présentent à juger des questions connexes, qui ont fait l’objet d’une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur le cadre juridique applicable au litige :
Il appartient au juge administratif, statuant comme juge de plein contentieux sur une contestation portant sur une sanction que l’administration inflige à un administré, de faire application, même d’office, d’une loi répressive nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l’infraction a été commise et celle à laquelle il statue.
Aux termes de l’article L. 5221-8 du code du travail : « L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ». L’article L. 8253-1 dudit code, dans sa rédaction en vigueur à la date des faits sanctionnés, antérieure à la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration, prévoyait que : « Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. /L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. ». L’article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date des faits sanctionnés, prévoyait, dans le cas où le travailleur étranger est en situation de séjour irrégulier, l’application à l’employeur d’« une contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement du territoire français de cet étranger ».
D’une part, l’article 34 de la loi du 26 janvier 2024 a modifié l’article L. 8253-1 du code du travail, en substituant, à la contribution spéciale infligée par l’OFII, une amende administrative prononcée par le ministre chargé de l’immigration contre l’auteur d’un manquement à l’article L. 8251-1. L’article L. 8253-1 du code du travail prévoit, dans sa nouvelle rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024, que le ministre prend en compte, pour déterminer le montant de l’amende, « les capacités financières de l'auteur d'un manquement, le degré d'intentionnalité, le degré de gravité de la négligence commise et les frais d'éloignement du territoire français du ressortissant étranger en situation irrégulière », que « le montant de l'amende est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 », qu’il « peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux », et enfin que « l'amende est appliquée autant de fois qu'il y a d'étrangers concernés ». Ces dispositions remplacent la contribution spéciale par une amende administrative, qui a le même objet, un montant plafond identique et qui peut être majoré dans les mêmes conditions, sans toutefois prévoir, comme les dispositions précédemment en vigueur, une possibilité de minoration de son montant. Ainsi, les dispositions de l’article 34 de la loi du 26 janvier 2024 ne peuvent être regardées, s’agissant de la contribution spéciale, comme des dispositions répressives moins sévères. D’autre part, l’article 34 de la loi du 26 janvier 2024 a abrogé l’article L. 822-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, fixant la contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement du territoire français du travailleur étranger en situation irrégulière. La suppression de la contribution forfaitaire, alors que les frais de réacheminement ne sont plus désormais qu’un critère pris en compte pour la détermination du montant de l’amende administrative mentionnée à l’article L. 8253-1 du code du travail, constitue une loi nouvelle plus douce. Il s’ensuit que les dispositions de l’article L. 8253-1 du code du travail relatives à la contribution spéciale s’appliquent à l’espèce dans leur rédaction en vigueur à la date des faits sanctionnés mais que celles de l’article L. 822-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile fixant la contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement de l’étranger en situation irrégulière du territoire français ne s’appliquent pas à l’espèce.
Sur la contribution spéciale :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) / 2° Infligent une sanction ; (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée (…) doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ».
En l’espèce, la décision litigieuse de mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire vise les dispositions applicables, plus précisément l’article L. 8251-1 du code du travail et les articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, se réfère expressément au procès-verbal établi le 29 juillet 2022 à la suite du contrôle des services de police du Val-d’Oise, et enfin identifie les contributions infligées mises à la charge de la société OSTEN, ainsi que le montant des sommes dues. La décision litigieuse comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, la société fait valoir que la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’elle comporte des contradictions dans le déroulement de la procédure et que l’OFII n’établit pas la réalité juridique de l’opération de contrôle. Elle soutient en outre qu’il existe une contradiction manifeste entre la date du contrôle alléguée par l’OFII, à savoir le 29 juillet 2022, et celle figurant sur le procès-verbal de police, à savoir le 27 août 2022. Elle ajoute que ces irrégularités l’auraient privée de garanties. Toutefois, les éventuelles irrégularités de la procédure judiciaire sont sans incidence sur la mise en œuvre de la procédure de contribution spéciale. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal d’infraction transmis à l’OFFI, que le contrôle de la société a eu lieu le 29 juillet 2022 et que la procédure judiciaire a été ouverte le 27 septembre 2022. Il suit de là que le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure judiciaire doit être écarté.
En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées de l’article L. 8253-1 du code du travail que la contribution qu’il prévoit a pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger démuni d’autorisation de travail ou de titre de séjour l’autorisant à exercer une activité salariée, sans qu’un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l’encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d’une part, il s’est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l’article L. 5221-8 du code du travail et, d’autre part, il n’était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d’une usurpation d’identité. En outre, lorsqu’un salarié s’est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d’un État pour lequel une autorisation de travail n’est pas exigée, l’employeur ne peut être sanctionné s’il s’est assuré que ce salarié disposait d’un document d’identité de nature à en justifier et s’il n’était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d’une usurpation d’identité.
En ce qui concerne l’emploi de M. F... :
La société requérante soutient que lors de son recrutement, M. F... a présenté une carte d’identité italienne, comportant ses nom, prénom, photographie et date de naissance, et qu’elle n’était pas en mesure de déceler une éventuelle irrégularité. Toutefois, il résulte de l’instruction et notamment des pièces versées aux débats par la société, que le document produit par le salarié lors de son embauche est une « carta d’identita ». Cette pièce délivrée par les autorités italiennes ne constitue pas un document national d’identité italien et ne confère à son titulaire ni le droit de séjour en France, ni celui d’y travailler. Dans ces conditions, la société OSTEN ne peut être regardé comme s’étant assuré de la qualité de ressortissant italien de son salarié, le document lui ayant été présenté ne permettant pas d’en justifier.
En ce qui concerne l’emploi de M. B... :
La société soutient que M. B... a été recruté sur la base de documents d’identité espagnols, et que ces documents ne présentaient aucune anomalie apparente. Toutefois, il résulte de l’instruction, et notamment de l’audition du salarié en date du 27 septembre 2022, que celui-ci a déclaré au moment de son embauche ne pas être titulaire d’un titre de séjour mais pouvoir utiliser la carte d’identité espagnole de son cousin. Si le gérant, dans son audition de la même date, précise qu’il ne pouvait pas déceler une usurpation d’identité, ses allégations sont contredites par les déclarations du salarié, alors en outre qu’il est mentionné sur le contrat à durée indéterminée du salarié deux noms différents, celui de M. B... et celui de M. A.... Dans ces conditions, l’employeur n’est pas fondé à se prévaloir de sa bonne foi.
En ce qui concerne l’emploi de M. D... :
La société fait valoir qu’elle ne pouvait déceler que M. D... s’était présenté sous une fausse identité, à savoir celle de M. C..., alors qu’il a présenté lors de son embauche un titre de séjour français de dix ans. Elle affirme en outre qu’elle ne connaissait son salarié que sous cette identité d’emprunt. Ni les procès-verbaux, ni aucune autre pièce du dossier, ne permettent d’infirmer cette allégation, pas plus que les éléments produits par l’OFII en défense, qui se borne à déclarer que M. D... ne parlant pas bien français, la société aurait dû accomplir davantage de diligences pour s’assurer de son identité. Dès lors qu’elle a transmis le titre de séjour qui lui avait été remis en préfecture et qu’il n’est pas démontré qu’elle était au courant de l’usurpation d’identité du salarié, la société OSTEN est fondée à demander l’annulation de la contribution spéciale en tant qu’elle concerne M. D....
En quatrième lieu, l’autorité de la chose jugée en matière pénale ne s'attache qu'aux décisions des juridictions qui statuent sur le fond de l'action publique et tel n'est pas le cas des décisions de classement sans suite prises par le ministère public, qui ne s'opposent pas, d'ailleurs, à la reprise des poursuites. Par suite, la circonstance que les infractions relevées par le procès-verbal dressé par les services de police le 29 juillet 2022 ont fait l’objet d’un classement sans suite le 6 février 2023 par le procureur de la République du tribunal judiciaire de Pontoise, ne privait pas l’OFII de sa capacité d’infliger la contribution spéciale, dès lors qu’il ressort des pièces qui lui ont été transmises que la matérialité des faits est établie. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
En dernier lieu, si la société fait état de que la sanction litigieuse entraînerait de graves conséquences financières à son égard, elle ne produit aucun élément de preuve de nature établir la réalité de ses allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur la contribution forfaitaire d’acheminement dans son pays d’origine :
Compte tenu ce qui a été dit aux points 3 à 5 du présent jugement, il y a lieu de relever d’office que les dispositions de l’article L. 822-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile fixant la contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement du territoire français du travailleur étranger en situation irrégulière ont été abrogées par l’article 34 de la loi du 26 janvier 2024. Par conséquent, il y a lieu d’annuler la décision du 7 avril 2023 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a appliqué à la SARL OSTEN la contribution forfaitaire, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête.
Sur le titre de perception émis le 11 mai 2023 pour la contribution forfaitaire d’acheminement dans le pays d’origine :
Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens soulevés par la société, que le titre de perception émis le 30 mai 2023 pour un montant de 7 659 euros au titre de la contribution forfaitaire doit être annulé.
Sur le titre de perception émis le 11 mai 2023 pour la contribution spéciale :
En premier lieu, aux termes de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « (…). / Toute créance liquidée faisant l’objet (…) d’un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. (…) ». Il en résulte que tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis ainsi que les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l’état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
En l’espèce, le titre de perception émis pour le recouvrement de la contribution spéciale comporte l’objet de la créance, mentionne la décision de l’OFII du 7 avril 2023 sur laquelle il se fonde et précise les articles du code du travail qui en fondent le taux. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre de perception est insuffisamment motivé manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ». Aux termes du V de l'article 55 de la loi de finances rectificative n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 : « (...) Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ».
Il résulte de ces dispositions, d’une part, que le titre de recettes individuel doit mentionner les nom, prénom et qualité de l’auteur de cette décision de même, par voie de conséquence, que l’ampliation adressée au redevable et, d’autre part, qu’il appartient à l’autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.
En l’espèce, le titre de perception attaqué comporte le nom, prénom et qualité de son auteur, à savoir M. E... G..., en qualité de chef du pôle recettes non fiscales (RNF). L’état récapitulatif des créances produit par l’OFII comporte la signature de cet auteur. Dans ces conditions, la société requérante n’est pas fondée à soutenir que le titre de perception attaqué ne respecterait pas les prescriptions de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration.
En troisième lieu, si la société soutient que le bordereau de recettes ne lui a pas été notifiée, cette circonstance est sans incidence sur la régularité du titre de perception.
En dernier lieu, ainsi qu’il résulte des points 6 à 14 du présent jugement, la décision du 7 avril 2023 est illégale en tant seulement qu’elle inflige à la société OSTEN la contribution spéciale pour l’emploi de M. D.... La société requérante est ainsi fondée à soutenir que le titre de perception émis le 11 mai 2023 doit être annulé dans la même mesure et qu’elle doit être déchargée de la contribution spéciale également dans cette seule mesure.
Il résulte de tout ce qui précède que la décision du directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration du 7 avril 2023 doit être annulée, d’une part, en tant qu’elle met à la charge de la société OSTEN la contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement et, d’autre part, en tant qu’elle met à la charge de la société OSTEN la contribution spéciale pour l’emploi de M. D.... Par voie de conséquence, le titre de perception émis le 30 mai 2023 pour un montant de 7 659 euros pour le recouvrement de la contribution forfaitaire doit être annulé et la société OSTEN est déchargée du paiement de cette somme. Par voie de conséquence également, le titre de perception émis le même jour pour le recouvrement de la contribution spéciale est annulé en tant qu’il met à la charge de la société la somme de 7 720 euros (3,86 – taux horaire minimum garanti – multiplié par 2 000) pour l’emploi de M. D..., et la société OSTEN est déchargée du paiement de cette somme.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration une somme de 1 200 euros à verser à la société OSTEN au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration du 7 avril 2023 est annulée, d’une part, en tant qu’elle met à la charge de la SARL OSTEN la contribution forfaitaire représentative des frais d’éloignement pour trois ressortissants étrangers et, d’autre part, en tant qu’elle met également à sa charge la contribution spéciale pour l’emploi irrégulier d’un ressortissant étranger.
Article 2 : Le titre de perception correspondant émis le 30 mai 2023 pour la contribution forfaitaire pour un montant de 7 659 euros est annulé.
Article 3 : Le titre de perception correspondant émis le 30 mai 2023 pour la contribution spéciale est annulé en tant qu’il met à la charge de la société la somme de 7 720 euros pour l’emploi irrégulier d’un ressortissant étranger.
Article 4 : La SARL OSTEN est déchargée de la somme de 7 659 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l’étranger dans son pays d’origine et de la somme de 7 720 euros au titre de la contribution spéciale.
Article 5 : L’Office français de l’immigration et de l’intégration versera une somme de 1 200 euros à la société OSTEN au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SARL OSTEN, à l’Office français de l’immigration et de l’intégration, au ministre de l’intérieur et à la direction départementale des finances publiques de l’Essonne.
Délibéré après l’audience du 17 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Dubois, président ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Debourg, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
G. Jacquelin
Le président,
Signé
J. DuboisLa greffière,
Signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour ampliation, le greffier