Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307931

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307931
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEHAN

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise concerne un recours pour excès de pouvoir de M. A contre la décision "48 SI" invalidant son permis de conduire et les retraits de points subséquents. Le tribunal constate un non-lieu à statuer partiel pour l'infraction du 30 janvier 2019, devenue sans objet. Pour le surplus, il rejette la requête comme manifestement irrecevable en raison de sa tardiveté, la décision "48 SI" ayant été régulièrement notifiée le 27 septembre 2019 avec mention des voies et délais de recours, conformément aux articles R.222-1, R.421-1 et R.421-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2023, M. B A, représenté par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 5 juin 2023 du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours formé à l'encontre de la décision référencée " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 2 janvier 2019, 30 janvier 2019, 14 décembre 2018, 1er septembre 2018, 15 août 2018, 10 juillet 2018, 11 juillet 2018, 5 août 2018 à 1 heure 33, 1 heure 37 et 7 heures 33 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer partiel, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : () / 3' Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ".

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral édité le 3 août 2023 que le point retiré à la suite de l'infraction constatée le 30 janvier 2019 ne donne plus lieu à retrait de point. Dès lors, il n'y a pas lieu, en application du 3° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de point consécutive à cette infraction qui sont devenues sans objet.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. La notification d'une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu'elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l'intéressé. Dans la décision procédant à l'invalidation du permis de conduire et au retrait des derniers points, établie selon un modèle de lettre " 48SI ", le ministre récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Cette lettre mentionne les voies et délais de recours ouverts à l'encontre de ladite décision.

5. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

6. Il résulte de l'instruction que le pli contenant la décision " 48 SI " constatant l'invalidation du permis de conduire et récapitulant les décisions successives de retrait de points contestées par M. A a été distribué à l'intéressé à l'adresse de son domicile le 27 septembre 2019 ainsi qu'il résulte de l'accusé de réception postal n° 2C15349338202, correspondant au numéro figurant sur le relevé d'information intégral daté du 3 août 2023, signé par l'intéressé. Par suite, la décision " 48 SI ", qui comporte la mention des voies et délais de recours applicables, ainsi que les différentes décisions de retraits de points contestées, doivent être regardées comme régulièrement notifiées à la date de cette distribution. Ainsi, le délai de recours contentieux était expiré à la date du recours gracieux, formé par le requérant et reçu par l'administration le 5 avril 2023, ainsi que le 2 juin 2023, date à laquelle l'intéressé a introduit sa requête. Dans ces conditions, le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête est tardif et par suite irrecevable. Ce surplus et les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire peuvent ainsi être rejetés sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer et de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction constatée le 30 janvier 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Fait à Cergy, le 9 décembre 2024.

La présidente de la 7ème chambre

signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.