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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308073

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308073

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 juin, 3 et 5 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

À titre principal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

À titre subsidiaire :

2°) d'annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

En tout état de cause :

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, dès lors que le préfet se borne à faire état du courrier électronique de l'URSSAF du 13 octobre 2022 sans examiner sa durée de présence en France, la vie privée et familiale et sa situation professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé, à tort, être en situation de compétence liée vis-à-vis du courrier électronique de l'URSSAF du 13 octobre 2022 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise confirme la décision contestée et produit les pièces du dossier en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- les observations de Me Cabral De Brito substituant Me Monconduit, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 24 novembre 2023 à 12h.

Une note en délibéré a été enregistrée le 2 juillet 2024 pour M. A qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 5 juin 1993, ressortissant marocain, est entré en France le 3 septembre 2014, muni d'un visa Schengen, puis s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 25 mai 2017. Il a fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français, d'une part par décision du 11 mai 2017 du préfet du Pas-de-Calais, d'autre part par décision du 15 avril 2019 du Préfet du Val-d'Oise, enfin par décision du 23 juin 2022 du préfet de police de Paris. Par jugement rendu le 3 août 2022, ce tribunal a annulé cette dernière décision au motif qu'elle était entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé et a fait injonction au préfet de réexaminer sa situation. Le préfet a réexaminé la situation de M. A au regard de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté en date du 21 mars 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de M. A. Par suite, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision litigieuse répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen, en se bornant à faire état d'un courriel de l'URSSAF, sans examiner sérieusement sa durée de présence en France, sa vie privée et familiale et sa situation professionnelle, il ressort toutefois des pièces du dossier, que le préfet a examiné, au titre de son pouvoir discrétionnaire d'une part, la durée de son séjour en France, dès lors qu'il cite que le requérant " déclare séjourner en France depuis 2014, la durée de séjour ne peut être regardée comme suffisante ", d'autre part, la vie privée et familiale, dès lors qu'il cite que le requérant " ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation en qualité de salarié ou au titre de la vie privée et familiale ", qu'il est " divorcé, sans charge de famille (..) il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère, sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans ", ainsi que sa situation professionnelle, en particulier la " réalité et la pérennité de l'emploi " au sein de l'entreprise MARYLISS PARIS. Il s'ensuit que, alors qu'il n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant comme énoncé au point 2 du présent jugement, le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, l'erreur de droit tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par le courrier électronique des services de l'URSSAF du 13 octobre 2022. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain

du 9 octobre 1987 modifié : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, () sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".

7. Les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain régissent l'intégralité des conditions dans lesquelles un titre de séjour portant la mention " salarié " est délivré aux ressortissants marocains. Ces stipulations font, dès lors, obstacle à l'application, aux ressortissants marocains, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié

8. M. A fait valoir sa durée de présence en France, son insertion dans la société française et la stabilité de son expérience professionnelle. Il produit à l'appui de ses affirmations plusieurs bulletins de salaires, de septembre à décembre 2016 et de janvier à juillet 2017 au sein de l'entreprise NCL TRANSPORT, de novembre à décembre 2017 et de janvier 2018 à juin 2021 au sein de l'entreprise HOER TRANSPORTS, puis de novembre 2022 à mars 2023 au sein de l'entreprise MARYLISS PARIS en tant que chauffeur livreur, qu'il produit un certificat de travail de l'entreprise SARL NLC TRANSPORTS en date du 5 septembre 2017, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour un emploi de chauffeur livreur au sein de la société HOER TRANSPORTS en date du 1er juillet 2021, Toutefois, M. A, par ces seuls documents, ne peut justifier d'une intégration professionnelle stable et pérenne à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, l'intéressé, qui a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire, les 11 mai 2017 et 14 avril 2019, auxquelles il ne s'est pas conformé, n'établit pas sérieusement une insertion sociale suffisamment probante. Dans ces conditions, M. A, en dépit de sa présence en France alléguée depuis l'année 2017, ne justifie pas de l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires, au vu desquels le préfet aurait dû lui accorder un titre de séjour mention " salarié " au titre de son pouvoir de régularisation discrétionnaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ressort de la fiche de salle que le requérant a demandé un titre de séjour mention " salarié ". Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ().

11. Il ressort des pièces du dossier, que M. A, célibataire et sans enfant est sans attache particulière en France. En revanche, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses frères et sœurs et ses parents. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens dirigés contre le refus de délivrance d'un titre de séjour ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.

13. En second lieu, pour les mêmes raisons évoquées au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2308073

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