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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308201

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308201

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantVEILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Veillat, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à Me Veillat, son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêté met fin à la régularité de sa situation administrative établie depuis neuf ans, qu'elle ne peut plus percevoir les prestations sociales auxquelles elle avait droit, en ce qu'elle ne peut pas travailler en raison de son état de santé, la plaçant dans une situation d'extrême précarité et dans l'incapacité de faire face aux charges courantes ; en outre, sa situation administrative l'expose au risque d'une aggravation de son état de santé ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée de vices de procédures, le préfet ne justifiant pas de l'authenticité des signatures électroniques des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), ni cu caractère collégial de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors le préfet s'est estimé lié par l'avis rendu par l'OFII et a méconnu sa compétence ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 11 de la convention franco-sénégalaise du 1er octobre 1995, dès lors qu'elle résidait de manière régulière et non interrompue en France depuis septembre 2014 ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

* elle est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour elle-même ;

* elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

* elle est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour elle-même ;

* elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle se borne à indiquer que ses liens privés et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, compte tenu du fait qu'elle a vécu jusqu'à ses 21 ans dans son pays d'origine où elle n'est pas isolée, et qu'assortir une obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français n'est qu'une faculté pour le préfet ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2307844, enregistrée le 10 juin 2023, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la convention franco-sénégalaise du 1er octobre 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 juillet 2023 à 9 h 15.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder, juge des référés ;

- et les observations de Me Veillat, pour Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née le 16 août 1987, est entrée en France le 3 octobre 2008 munie d'un visa court séjour de type C valable du 1er octobre 2008 au 15 octobre 2008. En raison de son état de santé, elle a été munie de sept titres de séjours pour soins du 13 septembre 2013 au 16 mai 2021. Après avoir sollicité une première fois le renouvellement de son titre de séjour auprès du préfet des Hauts-de-Seine, ce dernier a par une décision en date du 7 octobre 2021 rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle le 8 novembre 2021, une décision d'octroi de l'aide juridictionnelle a été prise le 14 novembre 2022, notifiée le 24 avril 2023. A la suite d'un recours gracieux devant la sous-préfecture d'Antony le 24 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine l'a invitée, le 3 janvier 2022, à déposer une nouvelle demande de titre de séjour sur le même fondement. Par une décision en date du 12 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes :

4. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ". Aux termes de l'article L. 722-8 du même code : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français ".

5. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre une décision portant obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions prises sur son fondement.

6. Le 10 juin 2023, Mme B a saisi le présent tribunal d'une requête tendant à l'annulation de la décision contestée. Le dépôt de cette requête à fin d'annulation a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision dont le recours en annulation formé contre elle a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français et des décisions prises sur son fondement sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la demande de suspension de l'exécution de la décision portant refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

8. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié de sept titres de séjour précédant avant la décision de refus de titre de séjour litigieuses. La situation d'irrégularité au regard de son droit au séjour la prive d'accès aux droits sociaux et notamment de la prestation de compensation du handicap qui comprend une aide humaine à domicile et la place. Dans ces conditions, compte tenu de son handicap et de son état de santé, dans une situation particulièrement difficile, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit en l'espèce être considérée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

10. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 11 de la convention franco-sénégalaise, de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur manifeste d'appréciation et, en l'absence de défense du préfet des Hauts-de-Seine, ceux tirés des vices de procédure sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour.

11. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre la décision du 12 octobre 2922 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

10. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme B et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle sans qu'il soit nécessaire à ce stade de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Veillat d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Si l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle n'est pas prononcée, la même somme est mise à la charge de l'État au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivre un titre de séjour de Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête présentée par l'intéressé devant le tribunal de céans.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande de Mme B et, dans un délai de quinze jours à compter de la notification qui lui sera faite de la présente ordonnance, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Veillat, son avocate, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, Me Veillat et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 7 juillet 2023.

La juge des référés,

signé

C. Van Muylder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308201

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