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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308249

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308249

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantGUERRIEN GUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juin 2023 et 21 juillet 2023, l'association tutélaire des Yvelines, agissant en qualité de tuteur de Mme B A, majeure protégées, représentée par Me Guerrien demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme A ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département du Val-d'Oise de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de Mme A ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif tiré de ce que Mme A ne demande aucune commune du Val-d'Oise dans sa demande de logement social est entaché d'erreur de droit ;

- le motif tiré de ce que Mme A doit solliciter une mutation auprès de son bailleur social est entaché d'une erreur de fait, puisqu'elle a déjà effectué cette démarche en vain ;

- le motif de ce que Mme A n'aurait pas justifié auprès de la commission du caractère inadapté de son logement social actuel est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son logement actuel est manifestement inadapté à son handicap en raison des pannes constantes d'ascenseur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 21 décembre 2007 par lequel le préfet du Val-d'Oise a fixé à trois ans le délai considéré comme anormalement long pour un demandeur de logement social sur le territoire du département du Val-d'Oise ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle a été présenté au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée en application de de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 24 mars 2023, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable présenté par l'association tutélaire des Yvelines au nom de Mme A tendant à voir reconnaitre la demande de logement de cette dernière comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Le tuteur de Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () ". Ces dispositions sont complétées par celle du deuxième alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code, qui dispose que " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4;() - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret ".

3. D'une part, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable de Mme A au motif que sa demande de logement social datait de moins de trois ans, son délai d'attente d'un logement social ne pouvant donc être regardé comme excessif. Ce motif n'est pas contesté par la requérante.

4. D'autre part, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a également estimé irrecevable le recours amiable de Mme A fondé sur l'inadaptation de son logement à son handicap, dès lors que n'ayant produit aucune pièce sur l'inadaptation de son logement elle n'avait pas mis à même la commission de médiation d'apprécier cette inadaptation. Pour contester ce motif, la requérante se borne à produire de nombreuses pièces sur cette inadaptation, notamment un rapport d'expertise de l'habitat de 2020, sans établir, ni alléguer avoir produit aucune de ces pièces devant la commission de médiation. En outre, le préfet du Val-d'Oise a produit l'intégralité du dossier que la requérante a soumis à la commission de médiation dont il ressort qu'elle n'avait pas produit de pièces sur ce point et qu'elle se bornait à soutenir, dans le formulaire de recours amiable, que son logement était inadapté en raison des pannes d'ascenseur à répétition qu'elle subissait. Dès lors, la requérante ne saurait être regardée comme ayant mis à même la commission de médiation de se prononcer en toute connaissance de cause sur le caractère inadapté de son logement. Par suite, le moyen tiré de ce que ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

5. De plus, si la décision constate par ailleurs que Mme A n'émet aucun souhait de logement dans le Val-d'Oise dans sa demande de logement social et conseille à l'intéressée de prendre attache avec son bailleur, ces précisions ne sont pas des motifs de refus du recours amiable de Mme A. Dès lors, toute erreur les affectant est sans incidence sur le bien-fondé des motifs de refus.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'association tutélaire des Yvelines doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de l'association tutélaire des Yvelines est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association tutélaires des Yvelines et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée

signé

M. Monteagle

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière

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