Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308378

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré sa carte de résident à Mme C et lui a délivré un titre de séjour d'un an. Le tribunal juge que le préfet ne pouvait légalement fonder ce retrait sur un motif d'ordre public, car les textes applicables (articles L. 432-12 et R. 432-5 du CESEDA) ne le permettent que pour des condamnations pénales définitives spécifiques, non établies en l'espèce. La décision est annulée pour erreur de droit, et il est enjoint au préfet de restituer la carte de résident dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2023, Mme B C épouse A D, représenté par Me Landais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident et lui a délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer sa carte de résident dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 60 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 432-12 et R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la requérante n'a pas fait l'objet d'une condamnation définitive ni n'est poursuivie pour des faits susceptibles de fonder le retrait de sa carte de résident ;

- il méconnaît le principe de présomption d'innocence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, rapporteure,

- et les observations de Me Landais représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A D, ressortissante tunisienne née le 1er septembre 1987, entrée en France le 9 avril 2014, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 8 avril 2017 puis d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 22 avril 2029. Par un arrêté du 17 avril 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident et lui a délivré un titre de séjour temporaire d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. "

3. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre l'arrêté litigieux, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que Mme B C est défavorablement connue des services de police, qu'elle a fait l'objet d'une convocation du 28 août 2023 devant la dix-septième chambre du tribunal judiciaire de Nanterre afin d'être jugée " pour diffamation envers particulier, par parole, écrit, image ou moyen de communication, par voie électronique ", " harcèlement moral : propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail pouvant attenter aux droits, à la dignité, à la santé ou à l'avenir professionnel d'autrui ", " intrusion non autorisée dans l'enceinte d'un établissement d'enseignement scolaire dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l'établissement. ". S'il s'ensuit que la présence de Mme C sur le territoire français constitue ainsi une menace pour l'ordre public, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permettait, à la date de la décision attaquée le 17 avril 2023, le retrait d'une carte de résident pour un motif d'ordre public. En outre, il n'est pas contesté ni même allégué en défense que l'intéressée aurait fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3, 433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 17 avril 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine restitue à Mme C sa carte de résident, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 17 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à Mme C sa carte de résident dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.