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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308405

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308405

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin et le 17 octobre 2023, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 26 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises le 29 janvier 2016 (3 points), le 12 mai 2016 (4 points), le 11 octobre 2016 (1 point), le 28 décembre 2016 (1 point), le 4 avril 2019 (3 points), le 6 novembre 2019 (1 point), le 18 mai 2020 (1 point), le 2 septembre 2020 (4 points), le 25 janvier 2021 (3 points) et le 8 octobre 2022 (4 points) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer son capital de points dans un délai d'un mois ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure en raison du défaut d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier du 5 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de points du permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 11 octobre 2016, 28 décembre 2016 et 6 novembre 2019, qui ont été restitués avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision référencée 48 SI du 26 mai 2023, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. A B, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. M. B demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet.

Sur l'exception de non-lieu soulevée par le ministre de l'intérieur :

2. Il ressort du relevé intégral daté du 3 octobre 2023 produit en défense par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que les points retirés à la suite des infractions commises par M. B les 11 octobre 2016, 28 décembre 2016 et 6 novembre 2019 lui ont été restitués respectivement les 15 août 2017, 26 octobre 2017 et 11 août 2020, avant l'introduction de sa requête. L'exception de non-lieu soulevée en défense doit donc être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions :

3. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 ci-dessus que les conclusions de M. B dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 11 octobre 2016, 28 décembre 2016 et 6 novembre 2019 sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

S'agissant de l'infraction du 29 janvier 2016 :

6. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 29 janvier 2016 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique que l'intéressé a refusé de signer. La mention " refus de signer " apportée par l'agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de cette infraction, qui manque en fait, doit être écarté.

S'agissant des infractions des 12 mai 2016, 4 avril 2019 et 25 janvier 2021 :

7. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que les infractions commises par M. B les 12 mai 2016, 4 avril 2019 et 25 janvier 2021 ont été constatées au moyen de procès-verbaux électroniques, que l'intéressé a signés, puis à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée. La signature de l'intéressé sur ces procès-verbaux électroniques établit que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant des infractions en cause, qui manque en fait, doit être écarté.

S'agissant de l'infraction du 2 septembre 2020 :

8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que l'infraction commise par M. B le 2 septembre 2020 a été relevée par procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé l'aurait réglé après avoir reçu les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral en cause que l'intéressé a bénéficié, à l'occasion de précédentes infractions évoquées aux points 6 et 7 ci-dessus, de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, à supposer même qu'il n'ait pas reçu les informations lors de la constatation de l'infraction du 2 septembre 2020, M. B n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision ayant retiré quatre points de son permis de conduire à la suite des infractions en cause est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit donc être écarté.

S'agissant de l'infraction du 8 octobre 2022 :

9. La circonstance qu'un conducteur forme, contre un avis de contravention, la requête en exonération prévue par l'article 529-2 du code de procédure pénale, établit qu'il a reçu cet avis et qu'il doit être regardé comme ayant, par suite, bénéficié de l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dont cet avis est assorti, sauf à soutenir qu'il a reçu un avis incorrect ou incomplet.

10. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier d'un document du 4 février 2023, intitulé " dossier transmis à Monsieur l'officier du ministère public ", que l'officier du ministère public de Créteil a été saisi d'une requête en exonération de M. B relative à l'infraction du 8 octobre 2022, et que cette requête a été présentée au moyen du formulaire attaché à l'avis de contravention. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté.

S'agissant de l'infraction du 18 mai 2020 :

11. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. B que l'infraction commise le 18 mai 2020 a été relevée par un radar automatique et a donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à l'émission d'un avis d'amende forfaitaire majorée. Toutefois, si le ministre de l'intérieur fait valoir en défense que pour cette infraction, un avis de contravention et un avis d'amende forfaitaire majorée, réputés comporter l'ensemble des informations requises, ont été envoyés à l'adresse de M. B, il n'en justifie par aucune pièce. Dans ces conditions, le ministre ne démontre pas que l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aurait été dispensée au requérant préalablement au retrait de point consécutif à cette infraction. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant retrait de point sur son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 18 mai 2020 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice du point irrégulièrement retiré de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 18 mai 2020 et de réexaminer sa situation dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision " 48 " de retrait de point sur le capital affecté au permis de conduire de M. B consécutive à l'infraction commise le 18 mai 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. B le bénéfice du point retiré à la suite de l'infraction commise le 18 mai 2020, sous réserve qu'il ait déjà été restitué, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 3 : La requête de M. B est rejetée pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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