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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308541

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308541

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET DUCLOS KUBISZYN WYSTUP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juin 2023 et le 9 février 2024, Mme B, représentée par Me Wystup-Guilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation en la munissant dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Wystup-Guilbert, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont, à ces égards, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et transmet au tribunal les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 25 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 avril 2024 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lusinier, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante capverdienne née le 29 juin 2002, déclare être entrée sur le territoire français le 4 novembre 2020 munie d'un visa Schengen pour le Portugal valable du 25 octobre 2020 au 21 février 2021. Le 30 mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur des motifs tenant à la brièveté et aux conditions de son séjour en France, à la circonstance qu'elle est célibataire, sans charge de famille et qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a rejoint la France à sa majorité, victime de l'inertie de l'administration qui n'avait toujours pas traité la demande de regroupement familial déposée par son père le 8 novembre 2017, soit trois ans avant son arrivée. Elle remplissait alors les conditions pour obtenir l'autorisation de rejoindre ses parents en France, pays dans lequel ils résident de manière régulière depuis de nombreuses années, en attente également du traitement de la demande de regroupement familial concernant leur fils mineur, frère de la requérante, resté au Cap-Vert. Sur ce point, le préfet du Val-d'Oise ne conteste pas que les parents de Mme B disposent des ressources et d'un logement leur permettant d'accueillir en France leur fils mineur, en plus de la requérante et de sa sœur mineure. En outre, il est constant que Mme B, titulaire d'un certificat de scolarité de 3ème cycle obtenu au Cap-Vert dans la filière science et technologie avec une moyenne de 14,6 sur 20, fait preuve d'une volonté d'intégration méritoire, notamment par une maîtrise parfaite de la langue française. A cet égard, il ressort des pièces du dossier qu'elle a obtenu trois diplômes d'études en langue française (DELF), le niveau A2 délivré le 24 janvier 2022 avec une note de 95 sur 100, le niveau B1 délivré le 19 janvier 2023 avec une note de 89, 5 sur 100 et le niveau B2 délivré le 5 juin 2023 avec une note de 70,5 sur 100. Elle a également suivi une formation " Français et Informatique " du 28 septembre 2021 au 21 juillet 2023 et une formation " Français à visée professionnelle " du 13 septembre au 26 novembre 2021 dispensées par l'association Accueil et Culture, qui fait partie du réseau alpha consacré à l'apprentissage du français en Ile-de-France. Dans ces conditions, au regard de ses liens personnels et familiaux en France, de son insertion dans la société française et de ses conditions d'existence, Mme B, qui souhaite devenir infirmière puéricultrice, est fondée à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet du Val-d'Oise a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de l'admettre au séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Wystup-Guilbert, conseil de Mme B, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du 15 juin 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé l'admission au séjour de Mme B et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Wystup-Guilbert, conseil de M. B, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes A et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

V. LUSINIER

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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