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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308556

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308556

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOIZARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2309309/11-6 du 23 juin 2023, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal la requête de Mme A.

Par cette requête enregistrée au tribunal administratif de Paris, le 25 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Ittah, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge le 7 juin 2022 à la suite à d'un accident domestique par le centre hospitalier Antoine Béclère à Clamart (92140) ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une carence dans sa prise en charge par le service des urgences de l'hôpital Antoine Béclère a concouru à un retard de diagnostic d'une luxation interphalangienne, ce qui lui a causé des préjudices ;

- la mesure d'expertise est utile afin d'évaluer le préjudice de l'intéressée né d'une perte de chance d'éviter un acte chirurgical.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :

1°) à la mise en cause du groupe hospitalier du Havre et de son assureur ;

2°) à ce que la mission de l'expert soit complétée ;

3°) au rejet des conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, le groupe hospitalier du Havre, représenté par Me Boizard, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :

1°) à ce que la mission de l'expert soit complétée ;

2°) à ce qu'un expert spécialisé en chirurgie orthopédique soit désigné ;

3°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport.

La caisse primaire d'assurance maladie de Normandie a produit des observations, enregistrées le 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre (). ".

2. L'expertise demandée par Mme A relative aux conditions de la prise en charge par l'hôpital Antoine Béclère présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les réserves exprimées :

4. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de se prononcer sur les conclusions présentées par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D C, exerçant au 25 allée Jolliot Curie à Cléon (76410), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par l'hôpital Antoine Béclère ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de Mme A et décrire son état à la date de l'expertise ;

- dire si l'état de santé de Mme A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation en expliquant les motifs ayant conduit à retenir cette date ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme A ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

- décrire les conditions dans lesquelles Mme A a été prise en charge par les services de l'hôpital Antoine Béclère ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ;

- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'hôpital Antoine Béclère, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie antérieure et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de Mme A par l'établissement ;

- donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) ont fait perdre à Mme A une chance d'éviter le dommage ; dans cette hypothèse, évaluer la perte de chance en pourcentage, en se fondant sur des données statistiques et bibliographiques ;

- dire si on est en présence de conséquences anormales au regard de l'état de santé de la patiente et de l'évolution prévisible de son état ;

- préciser quelle aurait été, en l'absence de l'acte en cause, l'évolution spontanée de l'état de santé de la patiente à plus ou moins long terme et indiquer, en s'appuyant sur des données statistiques et bibliographiques, quelle aurait été l'évolution de l'état de santé de Mme A en cas de prise en charge dans les règles de l'art ;

- fournir les éléments permettant d'apprécier la responsabilité des différents intervenants au titre de la prise en charge de Mme A ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge de Mme A à l'hôpital Antoine Béclère, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par l'Assistance publique - hôpitaux de Paris si celle-ci s'était déroulée normalement ou à une cause étrangère, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidence professionnelle du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) en précisant, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme A, de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, de la caisse primaire d'assurance maladie de Normandie et du groupe hospitalier du Havre.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie de Normandie, au groupe hospitalier du Havre et à M. D C, expert.

Fait à Cergy-Pontoise, le 16 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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