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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308603

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308603

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantPERRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2022 et le 13 mai 2022, au greffe du tribunal administratif de Marseille, Mme E B demande d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

Par une ordonnance n° 2203821 du 10 mai 2022, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de Mme B au tribunal administratif de Paris.

Par une ordonnance n° 2210918, enregistrée le 28 juin 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la requête de Mme B a été transmise au président de la section du Conseil d'Etat par le président du tribunal administratif de Paris.

Par une ordonnance n°465348 en date du 12 juillet 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal de Cergy-Pontoise la requête de Mme B.

Par cette requête et ce mémoire, Mme B, représentée par Me Perrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est signée par une autorité incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation relative à sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour dont elle tire son fondement ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le 9°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour dont elle tire son fondement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 mai 2022 et le 16 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante ivoirienne née le 8 mars 1975, est entrée sur le territoire français le 7 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour arrivé à expiration le 17 juillet 2021. Elle a par la suite sollicité auprès du préfet des Bouches-du-Rhône la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé la délivrance de ce titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021 des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le préfet a donné délégation à M. D, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision de refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Pour contester l'arrêté en litige, Mme B fait valoir qu'elle a placé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si intéressée a conclu un pacte civil de solidarité, le 24 octobre 2020, avec M. A, ressortissant français, ce pacte a été dissout le 14 avril 2021. Par ailleurs, l'intéressée ne démontre pas, par la seule production de quatre attestations émanant de compatriotes et de bulletins de salaire attestant d'une activité professionnelle depuis septembre 2021 dans une société de pressing, l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de sa vie privée alléguée sur le territoire français. Enfin, l'intéressée ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans. Dans ces circonstances, le préfet des Bouches-du-Rhône ne peut être regardé comme ayant méconnu les dispositions précitées en prenant la décision contestée, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle. Le moyen qui en est tiré doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'établit pas que la décision portant refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

7. Pour contester la décision en litige, Mme B fait valoir qu'elle souffre d'un diabète de type 1 découvert en février 2021 et produit à l'appui de cette allégation un certificat médical rédigé le 12 mai 2022, postérieurement à la date de la décision contestée, par le docteur C, faisant état de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de traitement. Toutefois, d'une part la demande de titre de séjour de l'intéressée n'a pas été formée en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait fait été lors du dépôt de sa demande de problème de santé. D'autre part, les pièces produites dans le cadre de la présente instance, ne permettent pas de démontrer, en raison de leur caractère général et non circonstancié, l'absence de traitement disponible pour le traitement du diabète dans le pays d'origine de l'intéressée. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône ne peut être regardé comme ayant commis une inexacte application des dispositions précitées. Le moyen qui en est tiré doit par suite être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, non plus que celle d'obligation de quitter le territoire français, le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination par la voie de l'exception d'illégalité manque en fait et doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé un titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais du litige :

10. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête devant être rejetées, doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. DUPIN

Le président,

signé

S. OUILLONLa greffière,

signé

M-J. AMBROISE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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