mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | KAYA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2304320 du 26 juin 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête enregistrée le 31 mai 2023 de M. B D.
Par cette requête enregistrée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 28 juin 2023, M. D, représenté par Me Kaya, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023, par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente dès lors que, d'une part, seul le préfet du département de résidence de l'intéressé pouvait prendre une telle mesure, d'autre part, la signataire de l'arrêté en litige ne justifie d'aucune délégation de signature ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 233-1 et L. 255-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
En ce qui concerne les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et lui interdisant de circuler un an sur le territoire français :
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale et en raison de son jugement à venir pour les faits de conduite sans permis de conduire ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 17 août 1985 en Moldavie, de nationalité roumaine, a été interpellé le 22 mai 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur, malgré l'annulation judiciaire de son permis de conduire, d'excès de vitesse d'au moins 50 kilomètres par heure et de maintien en circulation d'un véhicule cédé et déjà immatriculé sans certificat d'immatriculation établi au nom du nouveau propriétaire. Par un arrêté du 30 mai 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. D'une part, conformément aux dispositions des articles R. 615-1 et R. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne était bien compétent pour édicter les décisions contestées. D'autre part, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, chef du bureau de l'éloignement du territoire de la préfecture de l'Essonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet consentie par l'arrêté n°2023-PREF-DCPPAT-BCA-091 du 17 mai 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°057 du même jour de la préfecture de l'Essonne pour signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de circulation sur le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit ainsi être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; (). "
4. Il incombe à l'administration, en cas de contestation quant à la durée du séjour d'un citoyen de l'Union européenne dont elle a décidé l'éloignement, de faire valoir les éléments sur lesquels elle se fonde pour considérer qu'il ne remplit plus les conditions pour séjourner en France. Il appartient ensuite à l'étranger qui demande l'annulation de cette décision d'apporter tout élément de nature à en contester le bien-fondé, selon les modalités habituelles de l'administration de la preuve. L'administration peut notamment s'appuyer sur les déclarations préalablement faites par l'intéressé. Pour apprécier le caractère suffisant des moyens financiers des ressortissants de l'Union européenne qui n'exercent pas une activité professionnelle, le préfet doit prendre en compte l'ensemble des ressources, quelle que soit leur nature, les dispositions précitées n'énonçant aucune condition relative à cette dernière.
5. Pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de
M. D, le préfet a considéré que l'intéressé, d'une part, n'apporte pas la preuve qu'il travaille régulièrement en France, d'autre part ne justifie ni d'une communauté de vie avec son épouse et de la régularité du séjour de cette dernière, ni être le père de deux enfants, dont au demeurant il ne démontre ni leurs lieux de résidence ni contribuer à leur entretien et à leur éducation.
6. Si M. D soutient qu'il est le gérant de la société Airelav tipe, entreprise qu'il a créée en 2019, spécialisée dans les travaux d'isolation, les bilans comptables de cette société au titre des années 2020 et 2021 sont insuffisants pour établir que cette société serait toujours active en 2023. Ainsi, le requérant, dont le permis de conduire a été annulé en 2018, ne justifie d'aucune activité professionnelle et d'aucune ressource à la date de la décision en litige. Il n'apporte pas davantage la preuve qu'il dispose d'une assurance maladie, ainsi que le fait valoir le préfet de l'Essonne, dans son mémoire en défense. En outre, s'il justifie de son mariage à Montrouge le 21 février 2015 avec Mme A, née en Moldavie, il indique lui-même que cette dernière, par ailleurs victime de violences conjugales en 2015 et 2018, ayant donné lieu à l'incarcération de M. D, ne perçoit aucun revenu. Par ailleurs, Mme A ne démontre pas davantage justifier des conditions énoncées aux 1° ou 2° de cet article. Par suite, le préfet de l'Essonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées et n'a pas entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur dans l'appréciation de sa situation.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. D'une part, si M. D déclare être présent en France depuis plus de dix ans, cette seule circonstance, à la supposer établie, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, est insuffisante pour démontrer qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés. D'autre part, l'intéressé, qui a été incarcéré en 2020 pour des faits de violences conjugales, ne démontre aucune insertion particulière dans la société française. Ainsi la cellule familiale, composée de sa conjointe et de ses deux enfants nés en France en 2014 et en 2022, tous de nationalité roumaine, peut se reconstituer sans difficulté dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de circuler sur le territoire français :
9. Si le requérant se prévaut de ce que les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un an seraient de nature à l'empêcher de préparer sa défense en vue de son procès à venir concernant les faits de conduite sans permis qui lui sont reprochés, M. D, qui n'établit pas être convoqué prochainement dans un procès à venir, conserve la possibilité d'être représenté par un avocat. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'intéressé, qui ne justifie avoir ni activité professionnelle, ni ressource à la date de la décision en litige, ni disposer d'une assurance maladie, n'établit pas que le préfet a entaché les décisions attaquées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle et familiale. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision fixant le pays d'éloignement manque en fait et doit ainsi être écarté.
11. La décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français par la voie de l'exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision fixant le pays de renvoi sur sa situation personnelle et familiale doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
D. RobertLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2308774
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026