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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308883

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308883

mardi 5 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre (J.U.)
Avocat requérantDEHAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. A d’un recours en excès de pouvoir contre les décisions de retrait de points de son permis de conduire pour neuf infractions routières. Le tribunal a d’abord jugé irrecevables les conclusions relatives aux infractions des 2 décembre 2020 et 13 avril 2021, le point de cette dernière ayant été restitué avant la requête et la première n’ayant pas donné lieu à retrait. S’agissant des infractions des 21 avril, 10 juin et 19 juin 2020, constatées par radar automatique, le tribunal a estimé que l’administration n’apportait pas la preuve de la délivrance des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constituant une garantie essentielle. En conséquence, il a annulé les retraits de points pour ces trois infractions et enjoint au ministre de l’intérieur de restituer les points correspondants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juin 2023, le 29 janvier 2024 et le 24 avril 2025, M. A, représenté par Me Dehan, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises les 21 avril 2020, 7 mai 2020, 9 juin 2020, 10 juin 2020, 19 juin 2020, 8 septembre 2020, 2 décembre 2020, 13 avril 2021 et 7 mars 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre ces décisions ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points en cause, irrégulièrement retirés de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points n'a pas été respectée ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 2 décembre 2020 et 13 avril 2021, restitués en amont de la requête, sont irrecevables ;

- pour le surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay-Heuzey, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gay-Heuzey, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises les 21 avril 2020, 7 mai 2020, 9 juin 2020, 10 juin 2020, 19 juin 2020, 8 septembre 2020, 2 décembre 2020, 13 avril 2021 et 7 mars 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Il résulte du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A, édité le 28 décembre 2023, que le point retiré de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 13 avril 2021 lui a été restitué le 6 mars 2022, en amont de la présente requête, tandis que l'infraction commise le 2 décembre 2020 n'a pas donné lieu à un retrait de points. Les conclusions dirigées contre ces deux retraits de points sont donc irrecevables. La fin de non-recevoir soulevée en défense doit donc à cet égard être accueillie.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / () / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. () ". Selon l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. () / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. / Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

Quant aux infractions des 21 avril 2020, 10 juin 2020 et 19 juin 2020 :

5. Il résulte du relevé d'information intégral que les infractions relevées par radar automatique les 21 avril 2020, 10 juin 2020 et 19 juin 2020 ont chacune donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d'un document attestant du paiement spontané de ces amendes ou copies de l'avis de contravention adressé à M. A, de nature à établir qu'il aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité les décisions contestées dès lors qu'en l'espèce, il a privé M. A de la garantie d'information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l'infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que les décisions de retrait de point correspondant aux infractions commises les 21 avril 2020, 10 juin 2020 et 19 juin 2020 doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure irrégulière.

Quant aux infractions des 7 mai 2020 et 9 juin 2020 :

6. S'agissant des infractions relevées par radar automatique les 7 mai 2020 et 9 juin 2020, le ministre de l'intérieur verse à l'instance l'accusé de réception des plis contenant les avis d'amende forfaitaire majorée pour ces infractions mentionnant que ces plis ont été respectivement présentés le 2 février 2021 et le 18 février 2021 au 6 square des Corbières à Antony (Hauts-de-Seine), adresse communiquée par M. A à l'administration comme étant celle de son domicile, retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé ". M. A est donc réputé avoir reçu à l'adresse de son domicile les avis d'amende forfaitaire majorée relatives à ces infractions, établi sur les modèles du centre d'enregistrement et de révision des formulaire administratifs (CERFA) comportant les mentions exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de délivrance des informations prescrites par le code de la route doit être écarté.

Quant aux infractions des 8 septembre 2020 et 7 mars 2022 :

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

8. D'une part, il résulte des mentions du relevé d'information intégral de M. A que l'infraction du 8 septembre 2020 a été constatée par un procès-verbal électronique du même jour, produit par le ministre à l'instance. Ce procès-verbal porte la signature de l'intéressé et comporte l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de délivrance des informations prescrites par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'infraction commise par M. A le 7 mars 2022 a été constatée par un procès-verbal électronique après interception de son véhicule. Ce procès-verbal comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant n'a pas pu apposer sa signature en raison des règles sanitaires mises en œuvre pour lutter contre l'épidémie de covid-19. Dans ces conditions, la mention " N/A " portée sur ce procès-verbal doit être regardée comme possédant la même valeur probante que la signature du contrevenant ou un refus de signature certifié par l'agent verbalisateur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour cette infraction.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation des trois décisions de retrait de points du permis de conduire correspondant aux infractions commises les 21 avril 2020, 10 juin 2020 et 19 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard aux motifs d'annulation énoncés plus haut, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la restitution de points restant affectés au permis de conduire de M. A, correspondant à l'annulation prononcée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 21 avril 2020, 10 juin 2020 et 19 juin 2020, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice de points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé, compte tenu des annulations et récupérations de points et des nouveaux retraits susceptibles d'être intervenus.

Sur les frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions de retrait de points correspondant aux infractions commises par M. A les 21 avril 2020, 10 juin 2020 et 19 juin 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice de points visés à l'article précédent en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé, compte tenu des annulations et récupérations de points et des nouveaux retraits susceptibles d'être intervenus.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2025.

La magistrate désignée,

signé

A. GAY-HEUZEY

La greffière,

signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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