mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308983 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée les 3 et 5 juillet 2023, M. A C, représenté par Me Orhant, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision, en date du 3 mai 2023, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la demande de rétablissement, dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, même s'il ne devait pas présenter d'attestation de demande d'asile ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à Me Orhant, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État ;
5°) À défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que la décision contestée :
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien personnel prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise sur une procédure irrégulière tenant à l'impossibilité de faire valoir ses observations avant son intervention ;
- est entachée d'une erreur de droit tirée de l'application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il " a respecté tous ses entretiens à la préfecture " ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision, en date du 3 mai 2023, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy, à le supposer invoqué, ne peut, par suite, qu'être écarté.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.
5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié, le 18 mai 2021, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans une langue qu'il comprend, en l'espèce le pachtou, avec l'assistance d'un interprète, durant lequel sa situation a été évaluée. Au cours de cet entretien, ainsi que l'établit la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant n'a fait état spontanément d'aucun problème de santé, n'a déposé aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Lors de cet entretien l'intéressé a également indiqué qu'il n'était pas hébergé. Il est, par ailleurs, établi par les pièces jointes au mémoire en défense que M. C a bénéficié de deux autres entretiens personnels d'évaluation de vulnérabilité, les 28 novembre 2022 et 5 avril 2023, soit moins d'un mois avant l'intervention de la décision attaquée, réalisés par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, avec l'assistance d'un interprète en langue pachtou. Il ressort de l'examen des fiches d'évaluation de vulnérabilité correspondant à ces entretiens, que le requérant n'a alors fait état spontanément d'aucun handicap ou problème de santé, n'a produit aucun document médical et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". M. C a déclaré, lors de l'entretien du 28 novembre 2022, qu'il était hébergé chez des amis à Paris et qu'il avait de la famille en France, en l'occurrence un frère, et lors de l'entretien du 5 avril 2023, qu'il était hébergé par un tiers " sur Paris " depuis son arrivée en France d'une manière stable. M. C, qui est né le 2 octobre 1997, n'a par ailleurs joint aucun document médical à sa requête. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision de refus de rétablissement, d'entretiens au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'examen de sa vulnérabilité.
7. Aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du code des relations entre le public ne soumet les décisions portant refus de rétablissement des conditions matérielles au respect d'une procédure contradictoire obligatoire. M. C n'est, dès lors, fondé ni à invoquer la méconnaissance de dispositions relatives aux décisions portant cessation des conditions matérielles d'accueil ni à se plaindre de ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne l'a pas invité à faire valoir ses observations avant l'intervention de la décision contestée.
8. Il est constant que, par un arrêté notifié le 30 juin 2021, le préfet du Val-d'Oise a ordonné le transfert de M. C aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'Office français de l'immigration et de l'intégration produit la copie d'une convocation en date du 30 juin 2021 remise en main propre, ainsi qu'en atteste la signature de l'intéressé, en présence ou avec l'aide d'un interprète, à M. C par les services du préfet du Val-d'Oise pour les 21 juillet 2021, 11 août 2021, 1er septembre 2021, 22 septembre 2021, 13 octobre 2021, 22 novembre 2021 et 24 novembre 2021. Il ressort de l'examen de ce document que la signature du requérant figure sous les quatre premières dates mais pas sous les trois dernières et qu'ainsi, il est établi que M. C ne s'est pas présenté à au moins trois convocations de la préfecture du Val-d'Oise. En outre, la convocation indique à son destinataire que, " Lors de cette convocation (il est) susceptible d'être appréhendé, placé en rétention et reconduit dans le pays européen qui a accepté de (le) réadmettre " et lui précise aussi que s'il ne se présente pas à la préfecture, il sera considéré en fuite, que " conformément à l'article 29-2 du règlement CE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 " le délai de réadmission sera porté à 18 mois, et, enfin, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration sera informé et que l'allocation pour demandeur d'asile est susceptible d'être supprimée. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. C s'est présenté à toutes les convocations de la préfecture manque en fait. Les manquements en question n'étant justifiés par aucun motif légitime, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, doit aussi être écarté.
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 6, que M. C se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy en date du 3 mai 2023 pour erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. C ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
12. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
13. L'État n'étant pas partie à l'instance, les conclusions de la requête de M. C présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mmes B et Schneider, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
K. KELFANI
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
C. B
La greffière,
signé
L. GAIGNON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026