Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309136

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule la décision du 5 mai 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, ressortissante algérienne. Le tribunal juge que le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que la présence de l'intéressée constituait une menace pour l'ordre public, au seul motif qu'elle avait utilisé un faux document lors de son embauche. Cette annulation est fondée sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois et de lui délivrer un récépissé dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juillet 2023 et 29 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Giudicelli-Jahn, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'a pas examiné sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des b) et c) de l'article 7 et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ainsi que sur celui de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet du Val-d'Oise ne pouvait pas, pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, uniquement se fonder sur la circonstance qu'elle a été embauchée en utilisant un faux document administratif ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet du Val-d'Oise aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation ;

- méconnaît les stipulations des b) et c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, a demandé au préfet du Val-d'Oise, le 8 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par une décision du 5 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. Mme A demande au Tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

3. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement un refus de titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour refuser un titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme A, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que la présence de l'intéressée sur le territoire français constitue un trouble à l'ordre public, au motif qu'elle a, lors de son embauche, " présenté () une carte d'identité nationale française contrefaite ". Toutefois, alors que le préfet du Val-d'Oise ne soulève aucun autre grief à l'encontre de la requérante, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que la présence de Mme A sur le territoire français constitue un trouble pour l'ordre public à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-d'Oise du 5 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique seulement, au vu du motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des moyens de la requête, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation personnelle de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour. Toutefois, il n'y a pas lieu d'assortir ce récépissé d'une autorisation de travail, la requérante n'entrant pas dans les cas prévus à l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 (mille) euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 5 mai 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation personnelle de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : L'État versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

L. GAIGNON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.