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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309350

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309350

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJOUANIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 juillet 2023, le 4 septembre 2023 non communiqué, le 19 octobre 2023 et le 13 juin 2024 non communiqué, Mme C, représentée par Me Jouanin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le recteur de l'académie de Versailles a refusé d'orienter son fils A C en seconde générale et technologique ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de procéder à l'affectation de son fils en classe de seconde générale et technologique dans le lycée de son secteur ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article D. 331-35 du code de l'éducation, le chef d'établissement n'a pas transmis à la commission d'appel les informations en sa possession sur l'état de santé de son fils ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles R. 421-51 et D. 331-32 du code de l'éducation, dès lors que le collégien se destinait à des études d'ingénieur en informatique, qu'il avait accompli de manière satisfaisante son stage de 3ème dans un service informatique et que ses résultats justifiaient qu'il soit orienté en seconde générale et technologique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 octobre 2023 et le 9 novembre 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'éducation ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, rapporteur,

-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

-et les observations de Me Hervio, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 14 juin 2023 la commission d'appel de l'académie de Versailles a refusé d'orienter le jeune A C, né le 1er mars 2008, en seconde générale et technologique. Par la présente requête Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 331-34 du code de l'éducation : " Lorsque les propositions ne sont pas conformes aux demandes, le chef d'établissement, ou son représentant, reçoit l'élève et ses parents ou l'élève majeur, afin de les informer des propositions du conseil de classe et de recueillir leurs observations. Le chef d'établissement prend ensuite les décisions d'orientation ou de redoublement, dont il informe l'équipe pédagogique, et les notifie aux parents de l'élève ou à l'élève majeur. Les décisions non conformes aux demandes font l'objet de motivations signées par le chef d'établissement. Les motivations comportent des éléments objectifs ayant fondé les décisions, en termes de connaissances, de capacités et d'intérêts. Elles sont adressées aux parents de l'élève ou à l'élève majeur qui font savoir au chef d'établissement s'ils acceptent les décisions ou s'ils en font appel, dans un délai de trois jours ouvrables à compter de la réception de la notification de ces décisions ainsi motivées ". Et aux termes de l'article D. 331-35 du code de l'éduction : " En cas d'appel, le chef d'établissement transmet à la commission d'appel les décisions motivées ainsi que tous éléments susceptibles d'éclairer cette instance. Les parents de l'élève ou l'élève majeur qui le demandent sont entendus par la commission. L'élève mineur peut être entendu à sa demande, avec l'accord de ses parents. Les décisions prises par la commission d'appel valent décisions d'orientation ou de redoublement définitives ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait porté à la connaissance du chef d'établissement, au cours de l'année scolaire 2022 - 2023, l'état de stress post-traumatique dont souffrait son fils, dont il lui était au demeurant loisible de faire état directement devant la commission d'appel à l'occasion de l'audition prévue par l'article D. 331-35 du code de l'éducation. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que la commission aurait statué selon une procédure irrégulière au motif que le chef d'établissement aurait omis de communiquer à ses membres les éléments en sa possession susceptibles de les éclairer. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 331-7 du code de l'éducation : " L'orientation et les formations proposées aux élèves tiennent compte du développement de leurs aspirations et de leurs aptitudes et des perspectives professionnelles liées aux besoins prévisibles de la société, de l'économie et de l'aménagement du territoire. Elles favorisent la représentation équilibrée entre les femmes et les hommes parmi les filières de formation. / Afin d'élaborer son projet d'orientation scolaire et professionnelle et d'éclairer ses choix d'orientation, un parcours individuel d'information, d'orientation et de découverte du monde économique et professionnel est proposé à chaque élève, aux différentes étapes de sa scolarité du second degré. / Il est défini, sous la responsabilité du chef d'établissement et avec l'élève, ses parents ou son responsable légal, par les conseillers d'orientation-psychologues, les enseignants et les autres professionnels compétents. Les administrations concernées, les collectivités territoriales, les organisations professionnelles, les entreprises et les associations contribuent à la mise en œuvre de ce parcours ". Aux termes de l'article D. 331-23 du même code : " L'orientation est le résultat du processus continu d'élaboration et de réalisation du projet personnel de formation et d'insertion sociale et professionnelle que l'élève de collège, puis de lycée, mène en fonction de ses aspirations et de ses capacités. La participation de l'élève garantit le caractère personnel de son projet. / (). / Ce processus prend appui sur le suivi du parcours scolaire de l'élève, qui inclut notamment l'évaluation de la progression de ses acquis, sur son information et celle de ses représentants légaux et sur le dialogue entre ces derniers et les membres de l'équipe éducative. Il se situe dans une perspective de développement des potentialités de l'élève et d'égalité d'accès des filles et des garçons aux formations ". Il résulte de ces dispositions que, hors des cas où la décision repose sur des faits matériellement inexacts ou est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'appartient pas à la juridiction administrative de contrôler les appréciations auxquelles se sont livrés les conseils de classe, chefs d'établissement et commissions d'appel au sujet de l'aptitude d'un élève à poursuivre ses études dans une voie d'orientation plutôt qu'une autre.

5. Il ressort des pièces du dossier que le suivi des acquis scolaires de l'élève A C du premier semestre de 3ème de l'année scolaire 2022-2023 faisait état d'un " bilan très fragile voire insuffisant " assorti d'une " mise en garde travail ", avec un " semestre catastrophique " en français et que le suivi des acquis scolaires du second semestre mentionnait un " bilan insuffisant " avec des " résultats en baisse ", un " travail personnel insuffisant et irrégulier " et une " dynamique mauvaise ", à nouveau assortie d'une " mise en garde travail ". Ce suivi indiquait un semestre " catastrophique " en français et en physique-chimie, en mathématiques un semestre " insuffisant avec des résultats en baisse " et un " niveau attendu pour un élève de troisième n'est pas atteint ", ainsi qu'en technologie où " A n'a pas effectué un bon semestre ". Ces deux suivis sont assortis de plusieurs observations sur le caractère incorrect de son comportement en classe, pour un élève au parcours scolaire lacunaire depuis la classe de 4eme. S'il est constant que le jeune A a été victime d'une violente agression physique et souffre d'un stress post- traumatique lié à son agression, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mère de l'enfant ait sollicité de l'équipe pédagogique une adaptation du déroulement de la scolarité du jeune A afin de tenir compte de cet état de stress post-traumatique. Par suite, en estimant que les résultats trop faibles et que le manque d'implication de l'élève ne permettent pas le passage en seconde générale qui, au demeurant n'est pas l'unique voie permettant au jeune A de réaliser son projet professionnel, la commission d'appel de l'académie de Versailles n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 juin 2023 et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse.

Copie en sera délivrée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

F. -E. Baude

La présidente,

signé

S. Edert Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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