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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309357

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309357

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 juillet 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Toulon a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A C, enregistrée au greffe de ce tribunal le 9 juin 2023.

Par cette requête, M. C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé la souscription d'un contrat d'engagement en tant que sous-officier de gendarmerie ; ensemble la décision du 16 mai 2023 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 15 mars 2023 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les conclusions de Mme D, rapporteuse publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a passé en septembre 2022 les épreuves de recrutement en tant que sous-officier de gendarmerie et a été inscrit sur la liste des admis le 6 mars 2023. Par une décision du 15 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé la souscription d'un contrat d'engagement en qualité de sous-officier de gendarmerie, au motif qu'il ne présentait pas les garanties exigées pour exercer cette fonction. Par une décision du 16 mai 2023, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux formé par M. C le 13 avril 2023 à l'encontre de la décision du 15 mars 2023. M. C demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de l'article L. 4132-1 du code de la défense : " Nul ne peut être militaire : / () 3° S'il ne présente les aptitudes exigées pour l'exercice de la fonction ; (). Ces conditions sont vérifiées au plus tard à la date du recrutement. () ".

3. Les dispositions rappelées ci-dessus ne créent aucun droit au profit des candidats ayant satisfaits aux épreuves d'un concours, dès lors que leur recrutement dans les armées est subordonné à la vérification, au plus tard à la date de nomination, de leur aptitude à l'exercice des fonctions auxquelles ils prétendent. Ainsi, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé à M. C l'autorisation de souscrire un contrat d'engagement, qui ne constitue ni une sanction ni le refus d'un avantage dont l'attribution constituerait un droit ni le refus d'une autorisation au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 4132-1 du code de la défense, " Nul ne peut être militaire : () 3° S'il ne présente les aptitudes exigées pour l'exercice de la fonction () ". Aux termes de l'article 12 du décret du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie : " Le contrat d'engagement est souscrit et autorisé par le ministre de l'intérieur suivant les modalités fixées par arrêté. ". Le I de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Les décisions administratives de recrutement () concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées ".

5. S'il appartient au ministre de l'intérieur, en vertu des dispositions rappelées ci-dessus, d'apprécier dans l'intérêt du service si un candidat à un contrat d'engagement en qualité de sous-officier de gendarmerie présente les garanties requises pour l'exercice des fonctions sollicitées, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de vérifier que la décision ainsi prise par l'autorité compétente est fondée sur des faits matériellement exacts et de nature à la justifier légalement.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'enquête administrative a permis de constater que M. C avait été mis en cause en qualité d'auteur pour usage illicite de stupéfiants, et a fait l'objet d'une amende forfaitaire au mois d'août 2022 pour ces faits. M. C fait valoir que cette peine n'a pas été inscrite au bulletin de n° 2 du casier judiciaire. Toutefois, il ne remet pas en cause la matérialité des faits. Par ailleurs, de tels faits sont incompatibles, ainsi que le soutient le ministre en défense, avec les garanties de moralité et d'exemplarité exigées d'un candidat qui est recruté pour exercer des fonctions dans la gendarmerie. Le ministre de l'intérieur a donc pu légalement, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, se fonder sur ces éléments pour refuser l'engagement M. C en qualité de sous-officier de gendarmerie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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