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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309370

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309370

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juillet 2023, 5 janvier 2024 et 22 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 8 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ou, à titre subsidiaire, d'annuler les seules décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prises par le préfet du Val-d'Oise le 8 juin 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) d'enjoindre, en toute hypothèse, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé, à tort, être en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis émis par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet se borne à faire état de l'avis défavorable de la main d'œuvre étrangère sans examiner, son insertion professionnelle et sa durée de présence en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour dont elle tire son fondement ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, président rapporteur,

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public,

- et les observations de Me Sun Troya substituant Me Monconduit, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 10 juin 1979, déclare être entrée en France le 25 décembre 2015, munie d'un visa Schengen valable du 22 septembre 2015 au 19 mars 2016. Elle a sollicité, le 16 juillet 2021, un certificat de résidence sur le fondement de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 8 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, ni le préfet fonder une décision sur lesdites dispositions. Toutefois les stipulations de l'accord franco-algérien n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant algérien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

4. Pour refuser d'admettre Mme B au séjour, en vertu de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet du Val-d'Oise a retenu la circonstance que l'ancienneté d'emploi pour la période d'octobre 2016 à novembre 2022 ne pouvait pas être compte dès lors que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la Seine-Saint-Denis avait rendu, le 10 mars 2023, un avis défavorable en raison du non-respect par l'employeur de l'intéressée de ses obligations déclaratives en matière sociale et des arriérés de paiement des cotisations sociales. Toutefois, d'une part, il ressort du courriel de l'Urssaf du 6 mars 2023, produit en défense par le préfet, que l'employeur de la requérante répond bien à ses obligations et est seulement redevable de cotisations pour la période de janvier 2020 à janvier 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces produites par la requérante, notamment un document émanant de commissaires de justices associés, que, contrairement à ce qui est énoncé dans l'avis défavorable, un échéancier a bien été mis en place à partir de décembre 2022 pour permettre à l'employeur de la requérante de régler son arriéré de cotisations sociales. D'autre part, aucune stipulation conventionnelle ni aucune disposition législative ou réglementaire ne soumet l'exercice du pouvoir de régularisation par le préfet à une saisine préalable des services déconcentrés de la main d'œuvre étrangère. S'il est loisible au préfet de saisir pour avis les services de la main d'œuvre étrangère, il ne saurait être lié par cet avis et n'était pas dispensé d'examiner les pièces produites par la requérante. En l'espèce, Mme B soutient, sans être contredite par le préfet, avoir produit à l'appui de sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", son contrat de travail et ses fiches de paie ainsi que le pack employeur comprenant la demande d'autorisation de travail renseignée par son employeur sur l'imprimé Cerfa et l'extrait K-Bis de la société Le Pétrin Frettois et il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet aurait examiné les pièces produites par la requérante relatives à sa situation professionnelle ni qu'il aurait apprécié son expérience professionnelle et les caractéristiques de l'emploi qu'elle exerçait. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Val d'Oise ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité au seul motif que son employeur ne s'était pas acquitté de ses obligations en matière de déclaration et de paiement des cotisations sociales et en s'abstenant d'examiner si, sur le fond, les documents qu'elle avait produit, étaient susceptibles de la rendre éligible à une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le moyen retenu étant le mieux à même de régler le présent litige, que la décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B doit être annulée. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué retenu par le présent jugement, celui-ci implique seulement d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er: L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 8 juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Charlery

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309370

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