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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309397

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309397

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance du 6 juillet 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Melun la requête présentée par M. C.

Par une ordonnance du 11 juillet 2023, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la requête présentée par M. C, le juge des libertés et de la détention ayant ordonné sa libération du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 13 juillet 2023 sous le n° 2809397, M. G C, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'un ou l'autre des cas, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas la qualité du signataire de la décision, en méconnaissance des dispositions de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- n'est pas motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de son titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale en ce qu'elle est incompatible avec sa condamnation par jugement du tribunal judiciaire de Pontoise du 4 juillet 2023 à dix mois d'emprisonnement, qui implique nécessairement sa présence sur le territoire français afin qu'il exécute sa peine ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'un détournement de pouvoir ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnait les dispositions de l'alinéa 2 du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations du dixième considérant de la directive n°2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, dite directive " Retour " ;

- est illégale en ce qu'elle est incompatible avec sa condamnation par jugement du tribunal judiciaire de Pontoise du 4 juillet 2023 à dix mois d'emprisonnement, qui implique nécessairement sa présence sur le territoire français afin qu'il exécute sa peine ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est illégale en ce qu'elle est incompatible avec sa condamnation par jugement du tribunal judiciaire de Pontoise du 4 juillet 2023 à dix mois d'emprisonnement, qui implique nécessairement sa présence sur le territoire français afin qu'il exécute sa peine ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est disproportionnée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 13 juillet 2023 sous le n°2309287, M. G C, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision l'assignant à résidence :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance du droit d'être préalablement entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- ne présente pas de caractère d'utilité ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Garona comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023, ont été entendus :

- le rapport de Mme Garona, magistrate désignée,

- les observations orales de Me Gabory, substituant Me Namigohar, pour M. C,

- les observations de M. C,

- et les observations de Mme F, pour le préfet du Val-d'Oise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Deux notes en délibérée, présentées par le préfet du Val-d'Oise dans les dossiers n°2309397 et n°2309287, ont été enregistrées le 17 juillet 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. G C, ressortissant malien, né le 29 octobre 1997, est entré régulièrement en France le 18 février 2017, dans le cadre du regroupement familial et a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable du 8 novembre 2019 au 7 novembre 2023. Le 1er juillet 2023, à la suite d'un signalement sur la plateforme Pharos, M. C a été interpellé par les services de police, déféré devant le parquet de Pontoise et placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention. Par jugement du 4 juillet 2023, le tribunal judiciaire de Pontoise a condamné M. C à dix mois d'emprisonnement pour des faits de divulgation d'information personnelle permettant d'identifier ou de localiser une personne dépositaire de l'autorité publique et exposant à un risque direct d'atteinte à la personne et aux biens ainsi que pour des faits de menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, faits commis le 28 juin 2023. Après avoir procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle de M. C, le préfet du Val-d'Oise l'a, par un premier arrêté du 3 juillet 2023, obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un second arrêté du 7 juillet 2023, le préfet du

Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. E A, préfet du Val-d'Oise, régulièrement nommé par décret du 9 mars 2022. Dès lors, le moyen tiré de ce que le signataire de l'acte n'était pas compétent, en l'absence de délégation de signature doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Si l'arrêté du 3 juillet 2023 ne comporte pas l'indication de la qualité du signataire, ses nom et prénom ainsi que sa signature y figurent clairement, permettant de l'identifier par ces seules mentions. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, la décision vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que par décision du 3 juillet 2023, le titre de séjour de M. C, valable du 8 novembre 2019 au 7 novembre 2023, a été retiré. Ainsi, la décision attaquée comporte les motifs de fait et de droit sur lesquels elle se fonde et est par suite suffisamment motivée.

6. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de son titre de séjour, il ne développe aucune argumentation contre cette décision de retrait. Par suite, le moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes, doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de

M. C n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, la décision attaquée faisant état d'éléments de sa situation personnelle.

8. En sixième lieu, si M. C se prévaut des dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions n'ont vocation à régir que le droit au séjour des étrangers qui en remplissent les conditions. Dès lors, ces moyens invoqués contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, doivent être écartés comme inopérants.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

10. M. C soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement en raison de son état de santé, qu'il est atteint d'une pathologie respiratoire, qu'il est suivi en France, que le défaut de traitement entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il fait en outre valoir qu'il ne peut bénéficier d'une couverture médicale au Mali. Toutefois, il ne ressort pas des ordonnances médicales de prescription versées au dossier que son état de santé l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité s'il était privé d'un tel traitement, ni d'ailleurs qu'il n'aurait pas accès effectivement à de tels traitements au Mali. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait le 9° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En huitième lieu, il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. C a été condamné par jugement du tribunal judiciaire de Pontoise du 4 juillet 2023 à une peine de dix mois d'emprisonnement, aménagée sous le régime de la détention à domicile, sous surveillance électronique. S'il soutient qu'il doit exécuter sa peine, ce qui nécessite sa présence sur le territoire national, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement contestée et ne fait obstacle qu'à son exécution. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est incompatible avec la condamnation dont il fait l'objet. Le moyen ne peut qu'être écarté.

12. En neuvième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des débats à l'audience que M. C est entré en France en 2017, à l'âge de 19 ans, dans le cadre du regroupement familial à la suite du décès de sa mère, qu'il a obtenu son baccalauréat en France et poursuit actuellement ses études en classe de BTS, en alternance au sein d'une enseigne de distribution. En outre, il se prévaut de son état de santé, de l'absence de famille dans son pays d'origine et de la présence sur le territoire national de son père et sa belle-mère ainsi que de ses frères et de ses oncles, en situation régulière et avec lesquels il entretient des liens étroits. Toutefois, d'une part, si M. C établit qu'il dispose en France de nombreuses attaches, il ressort des pièces du dossier qu'il est âgé de 24 ans à la date de la décision attaquée, célibataire et sans enfant et qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, le Mali, dans lequel il n'établit pas qu'il serait isolé, ni qu'il ne disposerait plus d'attaches. D'autre part, l'intéressé qui a reconnu être l'auteur de tweet publiés le 28 juin 2023 appelant à commettre des violences à l'encontre du fonctionnaire de police présent lors du contrôle routier du

27 juin 2023 qui a précédé le décès du jeune B D à Nanterre et participant à la divulgation de l'identité de ce fonctionnaire ainsi que son lieu de résidence, et qui a été condamné à une peine de dix mois d'emprisonnement pour ces faits, représente une menace pour l'ordre public sur le territoire français, quand bien même il était jusqu'alors inconnu des services de police et sans qu'y fasse obstacle le fait qu'il poursuit des études en France. Dans ces conditions, et compte-tenu du contexte de violences urbaines dans lequel s'inscrit ce comportement, la décision litigieuse ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but de préservation de l'ordre public en vue duquel elle a été édictée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de M. C.

14. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle a été prise très rapidement par le préfet du

Val-d'Oise pour faire échec à l'exécution du jugement du tribunal judiciaire, ces allégations ne sont pas établies et le moyen doit pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 11 et 13, être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai volontaire :

15. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté, ainsi qu'il a été dit au point 3.

16. En deuxième lieu, la décision refusant à M. C un délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. C a expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Ainsi, la décision attaquée comporte les motifs de fait et de droit sur lesquels elle se fonde et est par suite suffisamment motivée.

17. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de

M. C n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux.

18. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En cinquième lieu, si le requérant se prévaut du 2° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été abrogé depuis le 16 décembre 2020, il doit être regardé comme invoquant les dispositions de l'article L. 612-2 de ce même code, selon lesquelles : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".

20. Si le requérant soutient que la décision méconnait ces dispositions dès lors que le risque de fuite n'est pas établi, il ressort des pièces du dossier et notamment du document du

3 juillet 2023 versé en défense par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a informé de ce qu'il envisageait de prendre une mesure d'éloignement à son encontre, que M. C a déclaré ne pas accepter de repartir dans son pays d'origine et a inscrit de manière manuscrite " Je reste en France, j'ai toute ma famille () ". Par suite, le moyen doit être écarté.

21. En sixième lieu, aux termes du dixième considérant de la directive

n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 susvisée :

" Lorsqu'il n'y a pas de raison de croire que l'effet utile d'une procédure de retour s'en trouve compromis, il convient de privilégier le retour volontaire par rapport au retour forcé et d'accorder un délai de départ volontaire () ".

22. M. C ne peut utilement se prévaloir directement des dispositions précitées de la directive susvisée contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire dès lors que ces dispositions ont été transposées en droit interne par l'article

L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne sont pas incompatibles avec ses objectifs.

23. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est incompatible avec la condamnation dont il fait l'objet.

24. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté, ainsi qu'il a été dit au point 3.

26. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

27. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 721-4 du même code : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

28. Si le requérant se prévaut de ces dispositions et stipulations, il ne développe pas d'argumentation. En tout état de cause, s'il doit être regardé comme se prévalant de son état de santé, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

29. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté, ainsi qu'il a été dit au point 3.

30. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. C et fait état de son entrée en France en 2017, de ses liens sur le territoire national et de ce que son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public. Ainsi, la décision attaquée comporte les motifs de fait et de droit sur lesquels elle se fonde et est par suite suffisamment motivée.

31. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence, cette décision.

32. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est incompatible avec la condamnation dont il fait l'objet.

33. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13 du présent jugement, les moyens tirés du caractère disproportionné de l'interdiction de retour sur le territoire français, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

34. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". M. C soutient qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement dès lors qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Pontoise à une peine de dix mois d'emprisonnement.

35. Il ressort des pièces du dossier que par jugement du 4 juillet 2023, M. C a été condamné par le tribunal judiciaire de Pontoise à une peine d'emprisonnement de dix mois, aménagée sous le régime de la détention à domicile, sous surveillance électronique, pour les faits énoncés au point 1. Dans ces conditions et compte tenu du fait que l'assignation à résidence s'inscrit dans le cadre de l'exécution de la mesure d'éloignement, qui ne peut intervenir avant que M. C n'exécute sa peine, ainsi qu'il a été dit au point 11, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

36. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence.

37. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2023 doivent être rejetées. En revanche, M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

38. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, de telles conclusions présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

39. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que demande M. C soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a assigné à résidence M. C est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E. Garona

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2309397 - 2309287

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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