Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309403

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. D, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur du 15 juin 2023 refusant son agrément en qualité de gendarme adjoint volontaire. Le tribunal a jugé que le refus était fondé sur des faits matériellement exacts, à savoir une condamnation pour port d'arme blanche et usage de stupéfiants, et que ces faits, malgré leur ancienneté, étaient incompatibles avec les garanties d'exemplarité requises pour les fonctions de gendarmerie. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de la défense (article L. 4132-1), du code de la sécurité intérieure (article L. 114-1) et de l'arrêté du 19 avril 2022.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, M. A D, représenté par Me Fortin, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé d'agréer sa demande d'admission dans la gendarmerie nationale en qualité de gendarme adjoint volontaire.

Il soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête. Il soutient que M. D ne présente pas les garanties de moralité requises, de sorte que le rejet de sa candidature est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2008-955 du 12 septembre 2008 ;

- l'arrêté du 19 avril 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les conclusions de Mme C, rapporteuse publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a déposé, le 4 avril 2023, une candidature en vue de son admission au sein de la gendarmerie nationale en qualité de gendarme adjoint volontaire. Par une décision du 15 juin 2023, le ministre de l'intérieur l'a informé du non-agrément de sa demande d'admission au sein de la gendarmerie nationale. M. D demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 4132-1 du code de la défense, " Nul ne peut être militaire : () 3° S'il ne présente les aptitudes exigées pour l'exercice de la fonction (). Le I de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Les décisions administratives de recrutement () concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 19 avril 2022 relatif au recrutement des volontaires dans les armées en service au sein de la gendarmerie nationale : " Pour être recruté en qualité de volontaire dans les armées en service au sein de la gendarmerie nationale, le candidat doit : 1° Satisfaire aux conditions physiques et médicales d'aptitude requises ; 2° Présenter un comportement qui n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions des militaires de la gendarmerie nationale ; 3° Satisfaire aux épreuves de sélection fixées par instruction du ministre de l'intérieur. ". Aux termes de l'article 4 de cet arrêté : " Après étude du dossier de candidature et analyse des résultats obtenus aux épreuves de sélection, le ministre de l'intérieur ou l'un de ses délégataires : 1° Peut décider de faire recevoir certains candidats en entretien par un psychologue du travail à tout moment du processus de sélection ; 2° Délivre : - soit une décision d'agrément de la candidature en vue de la souscription d'un contrat de volontaire dans les armées en service au sein de la gendarmerie nationale, sous réserve que le candidat remplisse effectivement les conditions fixées aux 1° et 2° de l'article 2 du présent arrêté ; - soit une décision de non-agrément de la candidature. Le candidat ayant reçu une décision de non-agrément ne peut déposer une nouvelle candidature qu'à l'issue d'un délai d'un an à compter de la date de début des épreuves de sélection. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans l'intérêt du service, si les candidats à des emplois participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat ou relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, présentent les aptitudes et qualités requises pour l'exercice des fonctions auxquelles leur recrutement donne accès. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir de vérifier que la décision ainsi prise est fondée sur des faits matériellement exacts et de nature à la justifier légalement.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a décidé de ne pas agréer la candidature de M. D aux fonctions de gendarme adjoint volontaire a été prise au vu d'une enquête administrative diligentée à l'occasion de sa demande de recrutement ayant révélé que l'intéressé a été condamnée par le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse, le 24 novembre 2022, soit quelques mois avant sa demande d'agrément, à une amende de 450 euros pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante ainsi que pour usage illicite de stupéfiants, commis en juin 2018. M. D ne conteste pas être l'auteur de ces infractions. Il qualifie en revanche ses agissements d'" accident de vie " et fait valoir que ces faits étaient de faible gravité et n'étaient pas de nature à remettre en cause sa probité, ses valeurs morales et civiques et son sens du respect des lois et des règlements. Toutefois, en dépit de leur ancienneté et de leur caractère isolé, ces faits ont un lien direct avec les missions auxquelles postule le requérant et sont, par leur nature, incompatibles avec les garanties d'exemplarité exigées d'un candidat qui est recruté pour exercer des fonctions dans la gendarmerie. La circonstance que M. D ait obtenu l'effacement du bulletin n° 2 de son casier judiciaire de la condamnation prononcée à son encontre ne s'oppose pas à ce que l'autorité administrative en tienne compte pour refuser d'agréer sa candidature en tant que gendarme adjoint volontaire. Dès lors, en rejetant la candidature de M. D au motif que celui-ci ne présente pas les garanties ou qualités exigées pour occuper cet emploi, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé d'agréer sa candidature tendant à son admission dans les services de la gendarmerie en qualité de gendarme adjoint volontaire.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.