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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309441

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309441

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 11 et 12 juillet 2023 et le 5 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 juin 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer de sa situation dans le délai d'un mois courant à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de sept jours courant à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'erreurs de fait lesquelles révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le préfet a édicté les décisions du 7 juin 2023 en litige alors qu'un précédent arrêté du 2 novembre 2022 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français faisait l'objet d'un recours devant le présent tribunal ;

- elle méconnait l'autorité absolue de la chose jugée par jugement du 10 juillet 2023 lequel a annulé l'arrêté du 2 novembre 2022 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée des mêmes illégalités que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Le préfet du Val-d'Oise a produit, le 12 janvier 2024, les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 10 mars 1979, serait entrée en France le 7 octobre 2000 selon ses déclarations. Elle a sollicité le 17 juin 2021 un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 7 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n°2216556 du 10 juillet 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 2 novembre 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 7 juin 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement n°2216556 du 10 juillet 2023, devenu définitif en l'absence d'appel formé par les parties et revêtue de l'autorité absolue de la chose jugée, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 2 novembre 2022 refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que cette dernière établissait contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille de nationalité française, depuis au moins deux ans. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de droit ou de fait serait intervenu dans la situation de la requérante entre le 2 novembre 2022 et le 7 juin 2023, date de l'arrêté contesté dans la présente instance. En effet, il ressort des pièces versées au dossier que Mme A, mère de trois enfants mineurs, dont l'une est de nationalité française, réside au domicile de son concubin, père de ses enfants, avec ces derniers et participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille de nationalité française, depuis au moins deux ans. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 7 juin 2023 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le present jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 7 juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président ;

Mme Charlery, première conseillère ;

M. Prost, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. Ouillon La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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