mercredi 23 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309456 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SASITRA CONSULTING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 31 juillet 2023, M. B A, représenté par la société par actions simplifiées Itra Consulting, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une incompétence négative ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire ministérielle du 28 mars 2012.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Sitbon pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 août 2023 à 13 heures 30 :
- le rapport de M. Sitbon, magistrat désigné ;
- M. A n'était ni présent, ni représenté ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 29 janvier 2001, indique être entré en France en avril ou mai 2023. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. Selon les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". L'article L. 613-2 de ce même code dispose que : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
3. D'une part, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les considérations de fait qui ont conduit à son édiction. Elle précise ainsi que
M. A n'est pas muni d'un titre de séjour en cours de validité, que sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 mai 2022 et qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis. Par suite, alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.
4. D'autre part, l'interdiction de retour infligée à M. A vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé et que la durée de l'interdiction ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard à l'ancienneté de son séjour en France, et au fait qu'il ne justifie pas y disposer de liens personnels et familiaux et qu'il s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour doit également être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux et attentif de la situation du requérant, la seule circonstance qu'il n'ait pas mentionné expressément tous les éléments de la situation personnelle du requérant ne suffisant pas à démontrer qu'il ne les aurait pas examinés. Il n'est pas davantage établi qu'il se serait estimé en situation de compétence liée pour obliger M. A à quitter le territoire français. Les moyens tirés du défaut d'examen et de l'incompétence négative doivent donc être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en avril ou mai 2023, qu'il est célibataire, sans enfant et ne se prévaut d'aucun lien personnel stable et intense sur le territoire. En outre, s'il verse à l'instance une promesse d'embauche de la société Easy Baff Service, établie à Paris, pour occuper le poste de manutentionnaire à temps plein, il ne justifie, à la date de l'arrêté attaqué, d'aucune intégration professionnelle ou sociale en France. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en l'obligeant à quitter le territoire, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. N'est pas davantage opérant le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire ministérielle du
28 novembre 2012, qui ne crée aucune ligne directrice invocable devant le juge de l'excès de pouvoir.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation qui a été faite à
M. A de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'interdiction de retour qui lui a été infligée.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
11. Il ressort des pièces du dossier qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche, cette circonstance ne suffit pas, à
elle-seule, eu égard à l'ancienneté du séjour du requérant et en l'absence de toute attache et d'intégration professionnelle en France, à constituer une circonstance exceptionnelle de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Pour les mêmes motifs, la durée de deux ans de cette interdiction ne revêt pas un caractère disproportionné.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J. Sitbon
La greffière,
Signé
O. El MoctarLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026