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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309497

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309497

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP TIRARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Pelloquin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le maire de Sceaux a délivré à la SCCV Windsor Sceaux 2 un permis de construire trois bâtiments de vingt logements sur un terrain sis 2-4 impasse des Aulnes à Sceaux, ainsi que la décision du 11 mai 2023 par laquelle le maire de Sceaux a rejeté son recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sceaux et de la SCCV Windsor Sceaux 2 une somme de 1 000 euros chacune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande de permis de construire devait être instruite sur le fondement des dispositions du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la modification approuvée le 10 février 2021 de sorte que le projet méconnait les articles UE 9 et UE 10 du règlement de ce plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté de permis de construire méconnait l'article UE 3 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la modification approuvée le 25 septembre 2018 dès lors que la voie d'accès ne permet pas de satisfaire aux exigences de la sécurité ;

- il méconnait les articles UE 7-1, UE 7-2 et UE 12-1 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la modification approuvée le 25 septembre 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, la commune de Sceaux, représentée par Me Drago, conclut au rejet de la requête et à ce que M. B lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, la SCCV Windsor Sceaux 2, représentée par Me Tirard-Rouxel, conclut au rejet de la requête et à ce que M. B lui verse une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique,

- et les observations de Me Drago, représentant la commune de Sceaux, et de Me Tirard-Rouxel, représentant la SCCV Windsor Sceaux 2.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 12 janvier 2023, le maire de la commune de Sceaux a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Windsor Sceaux 2 un permis de construire trois bâtiments en R+3 de vingt logements, d'une surface de plancher de 1 299 m², sur un terrain sis 2-4 impasse des Aulnes à Sceaux. Par un arrêté du 13 juillet 2023, le maire de Sceaux a délivré à cette société un permis de construire modificatif visant notamment à modifier la façade sud sur jardin et les plans de niveaux avec réajustement des surfaces portant ainsi la surface de plancher créée à 1 312 m². Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté de permis de construire initial ensemble la décision du 11 mai 2023 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions de l'arrêté de permis de construire initial du 12 janvier 2023 qui n'ont pas été modifiées :

S'agissant de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la modification approuvée le 10 février 2021 :

2. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan [local d'urbanisme] dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme a pour effet de garantir à son titulaire un droit à voir toute demande d'autorisation déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat. Figure cependant parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une demande de permis, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Une telle possibilité vise à permettre à l'autorité administrative de ne pas délivrer des autorisations pour des travaux, constructions ou installations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Lorsque le plan en cours d'élaboration et qui aurait justifié, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, que soit opposé un sursis à une demande de permis, entre en vigueur dans le délai du certificat, les dispositions issues du nouveau plan sont applicables à la demande de permis de construire. En revanche, ces dispositions n'autorisent à surseoir à statuer sur une demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations que lors de l'élaboration d'un plan local d'urbanisme. Si le renvoi à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme opéré par l'article L. 153-33 du même code a pour effet d'étendre cette faculté à la procédure de révision du plan local d'urbanisme, un tel renvoi n'est pas prévu pour la procédure de modification du plan local d'urbanisme, régie de façon distincte par les articles L. 153-36 et suivants du même code.

4. En l'espèce, il est constant qu'une modification du plan local d'urbanisme de la commune de Sceaux a été approuvée par délibération du conseil de territoire de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris en date du 10 février 2021. Cette modification a notamment modifié les dispositions des articles 9 et 10 du règlement de la zone UE dans laquelle s'implante le projet de construction en litige. La société pétitionnaire s'est vu délivrer un certificat d'urbanisme le 28 décembre 2020, soit antérieurement à l'entrée en vigueur de la modification du plan local d'urbanisme. Il n'est pas contesté que la SCCV Windsor Sceaux 2 a déposé une demande de permis de construire dans le délai de dix-huit mois prévu par les dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, les conditions posées par ce même article étant remplies, et faute pour la commune de pouvoir opposer un sursis à statuer à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, la demande de permis de construire devait être instruite sur le fondement des anciennes dispositions du plan local d'urbanisme en vigueur à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, à savoir le plan local d'urbanisme modifié le 25 septembre 2018. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des articles UE 9 et UE 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sceaux dans sa version issue de la modification du 10 février 2021 sont inopérants et doivent être écartés.

S'agissant de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la modification approuvée le 25 septembre 2018 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article UE 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sceaux : " 3) Les voies d'accès doivent : / permettre de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile et aux règles d'enlèvement des ordures ménagères ; / être aménagées de telle sorte que les véhicules puissent faire demi-tour lorsqu'elles se terminent en impasse ; / dans la mesure du possible ne pas se terminer en impasse pour la circulation des piétons et des vélos ".

6. En se bornant à soutenir que la voie d'accès au projet de construction ne permet pas de satisfaire aux exigences de la sécurité, conformément aux dispositions précitées de l'article UE 3 du règlement du plan local d'urbanisme, le requérant n'établit pas que l'arrêté en litige méconnait ces dispositions.

7. En second lieu, aux termes du paragraphe 4 de l'article UE 12-1 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif au stationnement vélo : " Des emplacements aisément accessibles depuis le domaine public, et au moins couverts, pour les vélos devront être prévus pour toute nouvelle construction à destination d'habitat, d'artisanat et de constructions ou installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif*. / Tout local réservé à cet usage doit avoir une surface d'au moins 4 m². / Sa superficie est calculée en fonction des normes suivantes : / Pour les immeubles d'habitation / - 0,75 m² par logement de 1 ou 2 pièces / - 1,5 m² par logement pour les logements de taille supérieurs à 2 pièces. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, notamment de la notice architecturale, que le projet, qui nécessite un emplacement au moins couvert réservé au stationnement vélo d'une surface de 22,50 m2, prévoit deux emplacements couverts réservés au stationnement des vélos d'une surface respective de 28 m2 et 32 m2, soit une surface totale de 60m2. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article UE 12-1 du règlement du plan local d'urbanisme précitées.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions du permis de construire initial qui ont été modifiées par le permis de construire modificatif :

9. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'autorisation initiale.

10. En premier lieu, aux termes de l'article UE 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version applicable à l'arrêté en litige, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives latérales : " 1) En zones UE, UEa et UEc : /- Dans la bande de constructibilité*, les constructions peuvent être implantées au plus sur une limite. Les façades* ou parties de façades* implantées en limite latérale* ne comportent pas de baie* ; / - Lorsque la limite latérale* d'un terrain jouxte une autre zone urbaine (UA, UC, UPA ou UPB), les constructions peuvent s'implanter sur deux limites latérales*. Les façades* ou parties de façades* implantées en limite latérale* ne comportent pas de baie*. / - Au-delà de la bande de constructibilité*, les constructions ou parties de construction dont la hauteur est inférieure ou égale à 6 m peuvent s'implanter au plus sur une limite. Dans le cas contraire, elles sont interdites sur les limites latérales*. / En cas de retrait* de façades* ou partie de façade*, celle-ci sera implantée à une distance au moins égale à : /- 3 m en cas de façade* avec baie* ; / - 1 m en cas de façade* sans baie*. En zone UEa, cette distance minimale est portée à 1,5 m. / La construction d'annexe* pourra être autorisée en limite séparative* ou avec un retrait* minimum de 1 m. ". Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme définit la baie comme " l'ouverture dans une paroi, assurant les fonctions d'éclairement naturel, de ventilation et de vue. Il s'agit essentiellement des fenêtres. Une porte qui, fermée, ne permet pas la vue, ne constitue pas une baie. / Les " jours de souffrance " ne sont pas considérés comme des baies (article 676 du code civil). ".

11. Il résulte de ces dispositions que les façades des bâtiments qui ne s'implantent pas sur une limite séparative latérale doivent respectées un retrait de trois mètres pour les façades avec baie et d'un mètre pour les façades sans baie par rapport à la limite séparative latérale.

12. Le requérant soutient que le bâtiment A comporte une baie sur sa façade ouest et par conséquent ne respecte pas la règle de retrait de 3 mètres par rapport à la limite latérale fixée par les dispositions de l'article UE 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'ouverture prévue sur la façade ouest du bâtiment A par le permis de construire initial a été supprimée par le permis de construire modificatif. Par suite, le vice tiré de la méconnaissance de l'article UE 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme a été régularisé de sorte que le moyen est devenu inopérant et ne peut être qu'écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article UE 7-2 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version applicable à l'arrêté en litige, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites de fond de terrain : " 1) Les constructions sont implantées en retrait* des limites de fond* de terrain, en respectant un retrait* de 3 m dans le cas de façade sans baie* et de 6 m en cas de façade* avec baie*. () ".

14. Le requérant soutient que les balcons des bâtiments projetés sont implantés au sein de la marge de retrait de 6 mètres. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire modificatif, notamment des plans de façade des élévations sud, du plan masse et des plans des différents niveaux, d'une part que les façades sud ont été modifiées afin de supprimer des baies et, d'autre part, que les façades avec baie respectent le retrait de 6 mètres par rapport à la limite de fond de terrain fixé par les dispositions de l'article UE 7-2 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. Par suite, à supposer que le permis de construire initial ne respectait pas les règles de retrait par rapport à la limite de fond de terrain, ce vice a, en tout état de cause, été régularisé. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UE 7-2 du règlement du plan local d'urbanisme précitées est devenu inopérant et ne peut être qu'écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sceaux et de la SCCV Windsor Sceaux 2, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Sceaux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SCCV Windsor Sceaux 2 et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Sceaux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : M. B versera à la SCCV Windsor Sceaux 2 une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Sceaux et à la SCCV Windsor Sceaux 2.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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